edito mai 2026: 40 x 10
- Patrick Maurus

- May 18
- 2 min read
Quiconque s’intéresse à la RPDC et farfouille entre des sites plus ou moins bien intentionnés n’a pu manquer d’être frappé par la vague de constructions qui s’est emparée du pays pendant la période du COVID. Une vague confirmée par les travaux préparatoires du congrès, le congrès lui-même et la mise en œuvre de chantiers souvent impressionnants.

Précisons tout de suite qu’il ne s’agit pas de chantiers « à l’ancienne », peu imaginatifs, répétitifs et d’une qualité souvent discutable, voire à la limite du supportable. Coupures d’électricité, donc d’ascenseurs (on imagine la situation dans les gratte-ciel…), pour ce qui est des fournitures, mais aussi malfaçons et dégradations accélérées. Les exemples proposés aujourd’hui sont d’une toute autre qualité, même s’ils devront être évalués dans la durée.
Pourquoi tout cela serait-il nouveau ? Sur le papier, c’est en raison d’une campagne baptisée 20 x 10, un slogan qui annonce un projet de construction dans 20 districts sur une période de 10 ans, avec comme objectif premier la réalisation de ce qui est annoncé depuis tant d’années, à savoir la réduction de l’écart entre villes et campagnes. D’où le nom de ‘Politique de Développement Régional’, qui devrait courir jusqu’en 2034. Les constructions sont et seront tout autant des entreprises que des lieux de loisir, des produits maritimes aux ustensiles ménagers, avec comme seconde caractéristique d’être réparties de façon régulière sur l’ensemble du territoire, dans l’objectif plus lointain que chaque région visera l’auto-suffisance. Il a été fortement souligné dès le départ que sans des centres médicaux et des lieux culturels modernes, le projet serait insuffisant.
Qu’y a-t-il de nouveau et en quoi cette politique serait-elle plus crédible ? Un, c’est déjà en route depuis une bonne douzaine d’années et visible dans les villes, en particulier Pyongyang, sous la forme de construction d’ensembles architecturalement novateurs. Le plus visible était celui de la rue dite des Scientifiques (Mirae Kori), parallèle au fleuve. Deux, ce que montrent les films et les reportages accessibles, c’est-à-dire des ensembles particulièrement convaincants (les cinq tranches du quartier de Hwasong) et inscrits dans l’objectif de 50.000 par an (au sens strict, ce projet à Pyongyang n’appartient pas à la campagne 20 x 10). Trois, celle-ci a donné lieu à la mobilisation de forces militaires spécifiques, car vingt régiments ont été formés (rassemblés) correspondant à ces vingt chantiers annuels. On sait probablement que c’est l’armée qui assure l’essentiel de la construction et des travaux publics en RPDC. D’où la quantité de contresens plus ou moins malveillants concernant la taille de l’armée nord-coréenne. Quatre, de tels travaux publics impliquent/nécessitent de forts investissements, qui trahissent sans le moindre doute l’amélioration de la situation financière du pays. Parmi les lieux qui seront les plus aisément accessibles après la complète réouverture du pays, la ville de Sinuiju et sa région sera sans doute une des plus exemplaires, avec son habitat entièrement rénové et ses vastes zones de serres. La raison en est que la ville a subi des forts dommages climatiques que le plan 20x10 s’est donné de régler en même temps.

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