top of page

Walk Up, 2022, Sud

Walk up, T’ap, 탑, directeur Hong Sang-soo, Hae-hyo Kwon, Hye-Young Lee, Song Seon-mi, 2022, couleur, 97’

Walk Up, 2022, Sud

Hong Sang-soo continue sur sa veine productive d’exploration des conversations à demi silencieuses entre citadins à mille lieux des événements spectaculaires et des coups d’éclat. Le personnage central (presque le seul homme) est un metteur en scène célèbre, bien que sans projet, sans doute pour des raisons de santé, mais pas seulement. Cette fois-ci, il s’agit franchement d’un double de Hong, se lamentant dans le film du prix des films. A l’occasion d’une visite dans un petit immeuble séoulite (un quartier peu moderne de Kangnam) occupé par une designer pour lui présenter sa fille, il est pris dans ce qui semble être toute sa vie, à savoir des conversations sans fin, sans véritable sujet, ce qui ne signifie pas sans signification. Il faut se laisser entraîner, car les nombreux silences et la structure même du film nous interdisent de nous laisser guider par un sens préétabli. Les quelques personnages vont et viennent, dans un entrelac de conversations qui ne suivent pas un ordre chronologique. Ou peut-être que si. Le film ne nous donne pas de marques temporelles précises, ce qui nous fait passer d’une conversation à une autre, sans que la seconde soit nécessairement le résultat de la première. Ce n’est déroutant que si on a besoin des outils du cinéma classique. Film apparemment minimaliste, dans lequel le metteur en scène fait tout, jusqu’à la musique, simple mais efficace comme la règle, mais il demande une participation pleine et entière du spectateur.
Notre cinéaste qui boit et ne travaille plus, la designer qui semble incapable de gérer son immeuble et qui boit aussi et qui n’a pas non plus l’air de beaucoup créer, la fille qui entre et qui sort, la voisine restauratrice dont le restaurant est à l’étage et qui devient sa compagne dans une scène juxtaposée et non coordonnée, le jeune Jules qui ne s’émerveille que devant les vieilles voitures, tous ne semblent avoir comme seul point commun l’immeuble qui les abrite et change sans cesse de fonction. Cela seul suffirait à faire de Hong un cinéaste de Séoul, l’urbanisation et la verticalité étant les signes extérieurs de modernité, depuis l’époque coloniale japonaise.
Marcher, monter, se diriger vers, nous dit le titre anglais. Pourquoi pas. Le titre coréen signifie pagode (de forme obélisque) qui montre le même Bouddha sur chaque face et à chaque étage, avec de petites différences. Exactement ce que fait le film. Il n’est certes pas simple, d’autant moins qu’il semble l’être. Pourtant il nous donne ses propres règles, en faisant franchir (le plus souvent en bruit extérieur) des digicodes entre toutes les pièces.

Patrick Maurus
bottom of page