Steel Rain, 2017, Sud
Steel Rain, 강철비, Pluie d’Acier, 2017, de Yang Woo-seok, Corée du Sud, d’après son propre webcomic du même titre, avec Woo-Sung Jung, Do-Won Kwak, Eui-Sung Kim, couleur, 139min

Nouveau film de politique fiction post-JSA (thriller), c’est-à-dire normalement tenu à un minimum de réalisme s’agissant des Nord-Coréens. On reste dans le monde du polar-espionnage, et, autre concession aux lieux communs, dans le monde de la politique fiction catastrophe, variation infinie sur le sujet : Comment la Corée du Nord va-t-elle exploser ? Tenir compte des réalités sociales ou obéir aux règles du genre, tel est le problème de Yang Woo-seok. Le film est bien fait, voire haletant pour le public conquis, les tentatives de montrer des Nord-Coréens sont honorables, mais le moteur même du film ne démarre pas. Emmener à l’arrière de sa fourgonnette le leader nord-coréen à l’occasion d’un attentat…
Om Chôlu, petit trafiquant drogué du Nord est un ancien agent secret. Son ancien chef, Ri, le réveille car un coup d’Etat se prépare, fomenté par le chef de la garde suprême et le chef de la sécurité d’Etat. Il lui faut pour cela quitter sa femme et sa fille (qui écoute A-Dragon, illégalement donc). Pendant ce temps, Kwak Chôlu, qui travaille au Sud pour le président sortant, se dépatouille avec des problèmes de divorce. Lors d’une visite du grand leader près de la DMZ, des insurgés détruisent la zone avec des missiles et massacrent à grande échelle. Om sauve le leader et passe la frontière avec une foule de fuyards. Deux jeunes filles l’accompagnent, coupes de cheveux très sudistes avec un doigt de vulgarité (Nord = ploucs) et l’aident à soigner avec une obstétricienne (!). La situation dégénère rapidement et place immédiatement la péninsule en état d’urgence, chacun fourbissant ses armes, y compris atomique. Le scénario tant redouté (répété) est sur le point de se dérouler. Mais on est au cinéma, dans sa version succursale du film d’action américain, et on sait déjà qu’un ou deux super-héros vont régler tout ça.
Les deux lycéennes ont à peine le temps de s’émerveiller de manger du riz blanc et de la viande que des hommes de main agressent notre petit groupe. Une petite est blessée et le groupe court se réfugier chez une chirurgienne esthétique… l’ex-femme de Kwak, évidemment. On sait désormais qu’on est dans le roman populaire. Kwak les rejoint, tandis que la télé nord-coréenne annonce la déclaration de guerre contre le Sud et les USA. Loi martiale au Sud, les Américains ne laissent que 36 heures avant de bombarder le Nord. Les deux Chôlu vont donc s’efforcer de sauver le monde, le temps de comprendre que le chef Ri a tout manigancé, en manipulant les comploteurs. Tout va très mal au point qu’une bombe atomique nord-coréenne explose au-dessus de la Mer du Japon. Mais Om retourne au Nord (avec une très grande facilité) pour attirer sur lui les missiles du Sud et éliminer les Méchants. Happy end, Nord et Sud signent un traité et le Leader rentre chez lui. On ne l’aura pas vu.
La Corée capable de sauver les deux Corées est représentée par deux Coréens, mais deux Coréens seulement, unis au point de porter le même prénom. Une fois de plus, le fait étant impossible et le cinéma contraint au réalisme, la seule solution est le film d’espionnage apocalyptique. L’hyperbole des moyens ne compense pas la maigreur des solutions narratives, et quand la Corée du Nord n’est plus le grand Méchant, le grand Méchant reste Nord-Coréen.
