top of page

Spy gone North, 2018, Nord

Spy gone North, 공작, Machination, 2018, de Yun Jong-bin, Corée du Sud, avec Ju Ji-hun, Hwang Jung-min, Jun Kunimura, Lee Sung-min, couleur, 147’

Spy gone North, 2018, Nord

C’est au tour de Yun Jong-bin de tenter de résoudre la quadrature du cercle du bon cinéaste sud-coréen: représenter des Nord-Coréens autrement que par des clichés de guerre froide. Mais comment faire avec des gens à la fois identiques et totalement inconnus? Le cinéma sud-coréen répond avec une fiction d’espionnage. Rien de tel que le monde du secret pour révéler un pays inconnu. Les services secrets du Sud (angibu) envoient un agent (code Vénus noire) au Nord, pour découvrir la localisation d’une usine nucléaire. Pour ce faire, il lui faut se faire accepter par les agents nord-coréens basés à Pékin en leur faisant miroiter un gain financier, via un film publicitaire. Comme chacun “sait” qu’en RPDC le dictateur décide de tout, Vénus noire finit par se retrouver face à face avec Kim Jong-Il, après avoir déjoué divers pièges et sévices dont sont, comme chacun le “sait”, tellement friands les services secrets nord-coréens. Il faut dire que ce n’est pas le meilleur passage du film! La différence avec l’approche comique revendiquée d’Interview n’est pas toujours évidente.
Le film pèche, quasi inéluctablement, par son obligation à un minimum de ‘réalisme’ pour pouvoir fonctionner. Or, s’agissant d’un pays à ce point ignoré, la ‘réalité’ se réduit bien souvent à la ressemblance avec les lieux communs véhiculés sur lui. Notre espion, comme du juste, se promène très vite un peu où il veut, rencontre le grand Leader, et tombe au détour d’une ruelle sur une montagne de cadavres de victimes de la famine et les enfants anthropophages qui en profitent. Imaginons un instant que tout ce qui est dit du Nord soit vrai : le régime ferait-il pour autant visiter ses échecs par des étrangers inconnus? Il est vrai que Jupiter aveugle ceux qu’il veut perdre. Éternelle question du fictif et du fictionnel. L’auteur a parfaitement le droit d’inventer ce qu’il veut. Pas celui d’inventer n’importe quoi…
Le plus intéressant, moins paradoxalement que ça en a l’air, est la dimension politique assez judicieuse, fondée sur la panique des services secrets et des lobbies militaires devant l’éventuelle élection de Kim Dae-jung. Intéressante perspective, mais passablement gâchée par le reprise de l’antienne du Nord qui fait monter-la-pression-avant-chaque-élection.

Patrick Maurus
bottom of page