Sopyonje, 1993, Sud
Sôp’yônje,서편제, film de Im Kwon-tak, d’après Yi Chongjun, avec Kim Myong-gon et O Chong-hye, couleur, 1993, 112’

Ce premier énorme succès public inattendu de Im Kwônt’aek (records battus), inattendu car son propos autour du p’ansori était loin de caresser les spectateurs dans le sens de leurs habitudes culturelles. Autant le p’ansori est un genre de représentation musical dramatique propre à la Corée, autant cela fait des lustres que le public, en particulier jeune, s’en est détourné, ce qui n'interdit pas les différents festivals subventionnés d’en offrir de navrantes versions réduites (light ?). C’est effectivement un genre exigeant, à mille lieues de la K-pop dont la coréité est moins évidente. Un chanteur ou une chanteuse, seul, raconte une histoire (Ch’unhyang, etc.) d’une voix qui semble éraillée, sur un mode proche du récitatif, pendant des heures, jusqu’à huit, accompagnée seulement par un tambour. Dans ce film, un vieux chanteur explore sa province avec ses deux enfants. La fille se torture la voix à mesure que son père la torture pour qu’elle chante, tandis que son fils, le percutionniste, petit à petit se rebelle, autant contre son autoritarisme qu’en raison de la société qui change à l’extérieur. Pour pouvoir continuer à jouer, le père va martyriser sa fille et la lier à lui (voix = douleur). Une interprétation psychanalytique s’impose. On la trouvera plus facilement dans le texte de Yi Ch’ôngjun (publié chez Actes Sud).
Parfaitement soutenu par la toujours même équipe technique, ce film vraiment superbe témoigne de la Corée, à condition de ne pas le lire ethnographiquement.
Le tite sopyonje désigne ‘la façon de l’ouest’, c’est-à-dire le style propre au Chollado, ce qui est valable aussi pour le sentiment de han, en d’autres termes, d’une façon particulière d’être et de penser dans cette province, depuis toujours méprisée par les autres.
