Sleep, 2003, Sud
Sleep, 잠, cham, film de Jason Yu, avec Jeong Yu-mi et Lee Sun-kyun, couleur, 94’, grand prix de la semaine de la critique et caméra d’or à Cannes en 2023… !

Il est bon une fois de temps en temps de s’interroger sur ce qui fait un mauvais film. Le propos de celui-ci n’est pas problématique en soi : Un jeune couple apparemment parfait (les deux travaillent, elle est enceinte) verse dans l’angoisse quand le mari se révèle somnambule et que ses actes deviennent dangereux. Il commence un traitement médical, tandis que son épouse est l’objet des obsessions de sa mère pour le chamanisme. Le suite nous est dictée par une bande-son envahissante, qui semble annoncer Christopher Lee ou Boris Karlov. A mesure que le mari se soigne, la femme tourne au délire, persuadée que sa fille qui vient de naître est en danger. Quelques épisodes sans originalité nous mènent jusqu’à l’irruption d’une chamane de théâtre qui diagnostique la présence d’un fantôme (kwishin) dans le corps du mari. Ceux à qui cela ne suffit pas iront jusqu’à la conclusion et la découverte effective de ce fantôme quelques minutes avant la damnation.
De façon étonnante, la critique y a vu un film d’horreur efficace, laissant croire qu’elle n’en avait jamais vu. Les très rares minimes occasions de sursauter sont dues à la musique, phénomène fréquent chez les mauvais cinéastes qui cherchent à penser à notre place et se révèlent incapables de montrer. Quant à la chute, qui lorgne du côté de Rosemary’s Baby, elle n’offre qu’une sortie bien irrationnelle, même pas humoristique. Car il existe bel et bien un solide contexte d’irrationnel dans la société et le cinéma, via les films de fantômes (en internat pour jeunes filles). La séance d’exorcisme chamanique, limite comique, laisse entrevoir ce que le film aurait pu être, si la question n’était portée par des personnages peu crédibles (la femme et sa mère). Avec l’imprégnation générale à la métaphysique, même chez les non croyants, du cléricalisme le plus obtus de certaines sectes dites protestantes à l’interprétation des rêves considérés comme véridiques, la société sud-coréenne semble habiter les villes tentaculaires en y transportant les valeurs villageoises. Mais y a-t-il un film coréen qui aborde de front cette question ?
