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Shin, Sang-ok 신상옥

(1924?-2006)

Shin, Sang-ok 신상옥

Cinéaste né en 1926 à Chongjin, dans ce qui est aujourd’hui la plus grande zone économique spéciale de RPDC, jouxtant à la fois la Chine et l’URSS, Shin fait des études au Japon. Il est assistant sur le premier film ‘sud-coréen’ d’après-guerre, Jayu Manse, Vive la Liberté, de Choi In-kyu. Il fait son premier film, Agya, Le Mal, histoire d’une prostituée, inspirée par sa vie privée du moment. Après s’être marié avec l’actrice Choi Eun-hee qui joue dans presque tous ses films, il lance sa carrière en tournant un film de propagande pour l’élection lourdement truquée de Yi Sûngman, qui lui permet de créer sa propre maison de production(Jiokhwa). Devenu un familier du nouveau dictateur Pak Chônghûi, il tourne pour lui des films de propagande (Le Riz, 1963). Mais l’époque où il tourne ses plus grands films et quelques chefs-d'œuvre, comme L’Arche de Chasteté, Samyông le Muet (1964), L'Écharpe rouge (1964), après Le Locataire et Maman (1961) a déjà commencé. Brouillé avec le dictateur, c’est à ce moment que sa femme l’actrice Choi Eun-hee disparaît à Hong-Kong. Plus mystérieusement encore, Shin disparaît six mois plus tard au même endroit. Pour se retrouver en RPDC après avoir été “enlevé”. Cette histoire grandiloquente dont il a donné plusieurs versions, comme celle d’un passeport caduque, après avoir raconté à un ami qu’il avait été invité au Nord… sa double tentative d’évasion d’un camp de concentration. C’est à cet homme “enlevé” que Kim Jong Il confie le soin de réformer le cinéma nord-coréen ! C’est aussi à lui et sa femme qu’on envoie à un festival à Vienne en 1986… où ils échappent ‘à la surveillance’ et se réfugient à l’ambassade des Etats-Unis. Sa réputation et sa carrière en seront ruinées, y compris au Sud, sauf aux USA et en France où cette fable pour benêts continue de tourner en boucle.
En RPDC, il a tourné des mélos historiques, toraoji anun milsa, L'Émissaire qui ne revient pas, l’histoire des émissaires coréens à la Conférence de La Haye en 1907, partis plaider contre la colonisation de leur pays. En 1984, il tourne talchulgi, Confession d’un Fuyard, sur une histoire de Ch’oe Suhae, qui raconte l’errance d’une famille de paysans maltraités obligés d’émigrer dans le Kando où la vie est aussi difficile. Le train qui emporte le héros arrêté par les Japonais est attaqué par les maquisards communistes. En 1985, c’est Sogûm, Le Sel, d’après un roman mélodramatique de Kang Kyong-Ae, son film le plus complexe à défaut d’être le plus connu. Une famille relativement bourgeoise finit par être atteinte par les effets de la colonisation: père tué, mère violée, fils partisan, mère plongée dans le trafic de sel mais sauvée in extremis par les partisans. Shin tourne aussi des classiques, pour lui des remakes puisqu’il en a déjà dirigé deux au Sud: Sarang sarang nae sarang, Amour amour mon amour, film musical, Song Ch’unhyang en 1961. Son nouvel opus est franchement moins complexe que la version connue des Nord-Coréens (Yu Won-ju, 1980), qui attribuait aux protagonistes une identité sociale marquée; L’Histoire de Shim Chông, qui se vend pour sauver son père aveugle et finit par épouser le roi de la mer. Mais le titre auquel son séjour au Nord reste attaché est Pulgasari, manifestement inspiré des différents Godzilla japonais (Gojira). Shin ne le finira pas et le tournage sera repris par Chong Kon-jo. Il connaîtra un relatif succès, même à l’étranger, avant de disparaître des écrans en raison de la fuite de Shin qui osera produire aux USA Les trois ninjas contre-attaquent, Les trois ninjas se révoltent…

Patrick Maurus
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