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Seoul Station, 2016, Sud

Seoul Station, 서울역 Sôulyôk, 2016, film d’animation en couleur de Yeon Sang-ho, 92’

Seoul Station, 2016, Sud

Préquelle au célèbre Train pour Busan, Seoul Station est un film d’animation du même réalisateur, sorti à peine quelques mois après le film. On suit ici Hye Sŏn, une jeune femme qui vit avec son petit ami Ki Ung, qui souhaite qu’elle continue à se prostituer afin de subvenir à leurs besoins, ils ne peuvent en effet payer leur loyer et se retrouvent presque à la rue. Hye Sŏn va finir par s’enfuir et à faire face au début d’une infection de zombies qui semble se propager aux alentours de Seoul Station. Les premières victimes semblent être les sans abris vivant aux abords de la station et elle va se retrouver piégée dans une cellule de police avec certains d’entre eux. Ki Ung va être confronté au père de Hye Sŏn qui souhaite la ramener chez elle, et les deux partent à sa recherche tout en découvrant eux aussi la situation. Elle parvient quant à elle in extremis à s’échapper in extremis en ambulance avec un des SDF de la station de police en proie aux infectés, mais celui ci refuse d’aller à l’hôpital, car il sait que l’épidémie s’y propage et provoque un accident, duquel les deux personnages survivent, pour continuer leur chemin par le métro, avant d’arriver dans une zone ou des survivants sont coincés entre un barrage de l’armée et les infectés. Une insurrection commence et l’armée ouvre le feu sans distinction entre civils et zombies. Hye Sŏn s'enfuit par les toits, mais se fait griffer à la jambe. Elle se retrouve dans un immeuble vide, se réfugie dans un appartement témoin, et parvient à indiquer par téléphone sa position à Ki Ung. Cependant lorsque celui-ci la retrouve, on comprend que son accompagnateur n’est pas son père mais son ancien proxénète qui va tuer son petit ami et tenter de la violer, celle-ci se transforme en infecté au moment fatidique tuant ainsi son agresseur. Si sur le plan formel, le film est bien plus lent et moins impressionnant que le Train pour Busan, notamment à cause d’une technique d’animation mélangeant 2D et 3D avec un rendu assez froid, peu fluide, tout l’aspect social et critique du film est lui autrement plus acerbe, violent et développé. Ici l’épidémie commence par les SDF, très présents dans le film tout comme dans le quartier de la gare de Séoul, les deux protagonistes sont en situation ultra précaires, et Hye Sŏn a été contrainte à la prostitution pour survivre. À certains moments, la question du logement sera soulignée par le décor, comme dans les stations de métro avec des pubs pour de nouveaux quartiers résidentiels, et bien sûr la présence dans ce lieu de personnes sans domicile fixe. La situation de crise semble donc toucher d’abord les plus pauvres, qui ne sont d’ailleurs pas aidés, mais contenus par les forces armées dans des scènes d’émeutes qui ne peuvent que faire écho à l’histoire très récente des mouvements démocratiques en Corée du Sud et de leur répression. Enfin, la possibilité d’une fin heureuse, avec le retour d’un noyau familial comme c’est le cas dans le penchant live du film, est ici résolue de façon incisive, l’ultime menace est celle de son quotidien, celle du viol, à laquelle Hye Sŏn va pouvoir ironiquement échapper et combattre par sa transformation, le tout dans un appartement vide servant de promotion commerciale, offrant cruellement à notre personnage son dernier logement.

Raphael Manudier
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