Pulgasari, 1985, RPDC
불가사리, Pulgasari, film nord-coréen de Shin Sang-ok et Chong Gon Jo, avec Chang Son Hui et Ri Jong Suk, 1998, couleurs, 95’
불가사리, Pulgasari Film sud-coréen de Kim Myeong-jae, avec Choi Moo-ryong et Um Aing-ran, NB, 1962

Probablement le film nord-coréen le plus célèbre, principalement pour des raisons extra-cinématographiques. Voir l’entrée Maman et le locataire, pour la légende de l’enlèvement du couple Shin Sang-ok/Choe Eun-hee. Voir aussi les réseaux sociaux pour mesurer l’ampleur de la bêtise et de l’ignorance (ou inversement).
Le « King-Kong coréen » lorgne du côté des kaiju eiga, c’est-à-dire des films de monstres japonais, qui présentent l’avantage de ne consommer que très peu de neurones. Pulgasari ressemble aujourd'hui à tous les Godzilla, grâce à sa nullité technique et ses couleurs insupportables.
Un gouverneur vicieux et violent cherche à se prémunir contre toute révolte des paysans affamés en confisquant tout le fer du pays, tout en transformant les instruments aratoires en armes pour ses soldats. Inde, chef des partisans et amoureux d’Ami, est fait prisonnier.
Le vieux père d’Ami refuse d’indiquer où sont les armes et avant de succomber sous la torture fabrique une dernière figurine avec le riz qui lui aurait sauvé la vie, celle du légendaire monstre Pulgasari, sorte de tokkaebi géant avec une corne (ou deux), qui protège les paysans en dévorant le fer des armes des soldats. Ami se pique le doigt et fait couler une goutte sur Pulgasari, qui s’anime et se met à dévorer du fer, grandissant chaque fois en taille et en force. Comme il s’avère qu’il comprend aussi très bien de coréen, on devine que ça va vite barder pour les yangban, à commencer par le bourreau qui veut couper la tête d’Inde avec un sabre… en fer ! Les choses se corsent une fois le gouverneur zigouillé, quand le roi dans un décor de palais chinois fait appel au plus grand général. Les paysans révoltés se replient sur le mont Maru, propice aux embuscades,à l’instar de Kim Il Sung devant les Japonais. Encerclés, les paysans se nourrissent d’écorces. Ça tourne mal, mais Pulgasari qu’on n’avait pas vu depuis vingt minutes intervient à temps pour sauver Ami. Ses cornes ont bien poussé. Et Kim… pardon, Pulgasari mène les paysans à la victoire, boulottant au passage assez d’armes pour prendre encore trois mètres. Il en fait au moins vingt quand les méchants enlèvent Ami, la seule à laquelle Pulgasari obéit. Celui-ci se rend au général, qui le jette au bûcher. « Aouh ! » fait Pulgasari avant d’exploser, de grandir encore et de ratatiner toute l’armée. Pourtant, il finit par tomber dans un piège tendu avec l’aide d’une chamane mudang et se retrouve enfoui sous une montagne de rochers. Pour remplacer les paysans défaits, les femmes jouent aux kisaeng et vont souler les officers, comme dans les légendes de Pyongyang ou de Puyô, et pendant ce temps Ami réussit à verser un peu de son sang sur le piège où se trouve Pulgasari, qui fait un bond et bouscule à nouveau l’armée. Dernier espoir du roi, un artisan a inventé un canon formidable, une sorte de V2 féodal. Mais le monstre avale les boulets et les recrache ! Victoire totale, mais il reste un problème : où trouver le fer pour nourrir Pulgasari qui a tout avalé ? Il est devenu un poids pour les paysans. Ami trouve une solution, elle l’attire dans un temple et se cache dans une cloche qu’il avale. Ainsi celle qui lui a donné la vie va lui donner aussi la mort. Et des débris de son corps explosé va sortit un mini Pulgasari qui devenu boule de feu entrera dans le corps d’Ami miraculeusement préservé. Il est dans la nature de la narration populaire de laisser la place à une suite.
Depuis que Shin a quitté le Nord, et que Chong Gon Jo a fini le film à sa place, le film y est devenu inaccessible. Pulgasari est en fait la seconde version, Kim Myeong-jae en ayant tourné une en 1962, version qui garde la réputation d’avoir été le premier film sud-coréen à effets spéciaux. Le scénario était légèrement différent : un expert en arts martiaux est traîtreusement assassiné, mais il ressuscite sous forme du monstre mangeur de fer. Le film a disparu.
