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Printemps de la péninsule (Le), 1941, Corée japonaise

Spring on the korean Peninsula, 반도의 봄, Bandoûi pom, film coréen (alternance de scènes en coréen et en japonais) de Lee Byeong-il/Yi Pyông-il, avec Kim Ilhae, Kim So-young, Sô Wôlyông, Paek Ran, 85’, NB

Printemps de la péninsule (Le), 1941, Corée japonaise

Le film commence par une série de plans superbes et audacieux (caméra 양세웅, éclairage 김성춘, la post-synchronisation est d’époque) de ce qui semble être une nouvelle version de Ch’unhyang. Zoom arrière, c’est en fait une scène de tournage. Nous replongeons dans le ‘Keizyo’ (Kyôngsông) du temps. Pendant le tournage, Kim Chônghûi qui vient de Pyongyang et veut devenir actrice rend visite à Lee Young-il. Young-il lui propose d’étudier provisoirement la musique en entrant dans la maison de disques où il travaille, maison dont le patron coréen à tête japonaise et qui se sert tout seul à boire la remarque très vite. Anna, maîtresse du producteur Han et héroïne du film Ch’unhyang, est amoureuse de Young-il qui ne lui rend pas ses sentiments. Hô Hun le metteur en scène écrasé par les problèmes d’argent se dispute avec Anna dont le caractère met en danger le tournage et engage Jung-hee à sa place. Longues scènes lumineuses du film dans le film. Avec le départ d’Anna, le film fait face à de graves problèmes financiers, et Young-il en retard de paiement est emprisonné. Chônghûi ne peut trouver l’argent, car Han lui fait un chantage au mariage. C’est Anna qui le fait libérer et qui prend soin de lui. Grâce à la constitution miraculeuse de la compagnie de production Bando (Péninsule = Corée), le film Ch’unhyang est achevé. A la première (intéressant exemple de l’état des spectacles à l’époque, mêlant encore scène et projection), Chônhûi s’effondre, et à l’hôpital Anna qui a sauvé Chônghûi s’avoue vaincue et lui confie Chônhûi, d’un mutisme total. Epilogue, toute l’équipe du film envoie les amoureux (avec enveloppe de yôhaengbi) en train étudier le cinéma japonais... Gros plan sur le visage indéchiffrable du metteur en scène.
Le film date donc de 1941, année on ne peut plus problématique pour le pays et son cinéma. C’est probablement une des pires de l’époque coloniale, une de celles où la lourde censure se fait plus lourde encore, même si les plans sur le Séoul occupé sont un des points forts du film. D’où cet équilibre quasi miraculeux de signes parfois complexes envoyés à différents destinataires, messages écrits en japonais, Séoul colonisé, départ au Japon comme solution narrative, sous-titres japonais (verticaux), “quand tu seras à Tokyo envoie-moi quelques bons livres”, “Pyongyang a dû beaucoup changer depuis huit ans!”, choix de Ch’unhyang comme sujet, nom de la compagnie et titre du film, tenue han’bok des Lumières pour ‘modern girl’, tableau religieux et radio dans la chambre à tatami. Tout ceci se concentre dans l’ambiguïté du titre apparemment anodin: Un printemps japonais sur la péninsule, un printemps coréen à venir? Le long discours en japonais du patron coréen de la compagnie Bando est pourtant très clair : le cinéma doit contribuer à faire comprendre que Corée et Japon ne sont qu’un. On peut donc probablement voir dans ce Printemps un bon exemple de l’approche possibiliste qui était celle de la plupart des gens de culture (et pas seulement eux), à savoir s’accommoder autant que possible de la colonisation et tenter de créer quand même.

Patrick Maurus
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