President’s last bang, 2005, Sud
The President’s last bang, 그때 그사람들, film de Im Sang-soo, avec Han Seok-kyu et Baek Yoon-sik, 2005, 102’

La véritable nouveauté narrative et esthétique se trouve dans les films évoquant un passé récent, relevant de la même problématique que Le Pétale, c’est-à-dire ‘le passé qui n’a pas été raconté’. The President Last Bang, par exemple. En coréen, A cette époque, ces gens-là, notion comme d’habitude complètement ratée Ce passé récent ‘qui n’est pas passé’ n’est-il pas la véritable raison d’être de la vague historique générale. La Corée du Sud s’interroge sur sa légitimité, dans la foulée d’une question philosophique large sur sa nature d’état de droit, question posée par la présidence Roh Moo-hyun. Si sa réussite économique ne suffit pas à le fonder, de quel droit parle-t-on quand on considère que bien des régimes successifs étaient pour le moins autoritaires et que l’essentiel des présidents ont fini chassés - assassinés - suicidés - enfermés ? Le film ‘raconte’ la dernière soirée du règne du président-dictateur Park Chung-hee, crépusculaire, dans une sorte de huis-clos fait d’alcool, de filles et de chansons, à mille lieues de l’image de père La Vertu qu’il se forgeait. Comme pris par une impulsion soudaine, le chef de la KCIA l’assassine, puis hésite pendant de longues heures avant de chercher à tirer parti de son acte. Trop tard.
La majeure partie du President’s Last Bang suit en quelque sorte la règle des Trois Unités, dans une ambiance shakespearienne d’un drame annoncé, inévitable, mais produit lui aussi par la rumeur. Shakespearien n’est pas qu’une métaphore attendue, car la nature théâtrale voulue du film est très marquée. En plaçant l’ex-président, quelques figures faire-valoir et l’assassin patron de la KCIA (dont le public sait d’entrée qu’il est l‘assassin et que le film va montrer l’assassinat) dans une pièce close cadre des soirées alcoolisées du dictateur, Im Sang-soo montre d’emblée que la vérité historique se trouve sur place et sur place seulement. Livres, films et enquêtes n’ont guère levé le mystère de l’assassinat, et d’ailleurs la seconde partie du film le montre, tant l’exécution du coupable a été rapide. Pour le public : destinée à étouffer la vérité. Cela n’interdit pas le metteur en scène d’opter pour une version, celle d’un crime non prémédité, puisqu’il nous montre l’assassin incapable de mettre en œuvre l’après. Version très discutée, mais ce n’est pas le problème du cinéma. Le co-texte façonne le texte, mais le texte le lui rend bien. Le film a été partiellement censuré par la justice, mais rétabli en version DVD.
