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Peintre du vent (le), 2008, Sud

Peintre du Vent (Le), 바람의 화원, paramûi hwawôn, drama de Jang Tae Yu, adapté du roman de Lee Jung Myung, avec Moon Geun Young et Park Shin Yang, drama SBS, 2008, 20x65’

Peintre du vent (le), 2008, Sud

Reprenant une nouvelle à succès qui porte le même titre, Le peintre du vent est une série télévisée à rebondissement qui fut diffusée sur la chaîne SBS en 2008. Elle met en scène les destins qui se croisent d’artistes aussi connus que Kim Hong-do et Shin Yun-bok, unanimement respectés en Corée comme les maîtres par excellence de la peinture de genre à la fin du 18ème siècle. L’originalité du scénario est de confier le rôle de Shin Yun-bok à une actrice de 21 ans, Moon Geun-young, au jeu plein de fraîcheur et d’humour, ce qui explique aisément pourquoi son ainé, Kim Hong-do, joué par l’acteur Park Shin-yang, au talent respecté et déjà reconnu, la prend si facilement sous sa protection et l’initie à la peinture, sur fond de romance entre les deux artistes, collaborant avec elle à la réalisation de chefs-d’oeuvre qui font partie du panthéon coréen. Si la série n’est pas sans prendre quelque liberté avec la vérité historique de la biographie des artistes (du moins ce qu’on en sait), il n’empêche qu’elle est réalisée avec beaucoup d’allant et d’inventivité, une grande fidélité dans la reconstitution du cadre et des décors, voire de l’atmosphère de l’époque qui est une période de réformes et de renaissance culturelle, témoignant d’une justesse de ton dans l’évocation de l’œuvre des deux peintres. La singularité qu’apporte la donne nouvelle d’un Shin Yun-bok féminin repose très largement sur la performance des acteurs, qui confèrent toute la crédibilité voulue au synopsis par le parfait naturel avec lequel chacun endosse le rôle, lui donnant une vraie humanité, et même une résonance que l’on n’attendrait pas d’un simple divertissement. Kim Hong-do est ainsi joué avec toute la passion et l’élégance voulue, la rigueur attendue d’un peintre professionnel, quand Shin Yun-bok parait étonnamment vivante, dans son côté rebelle, sa volonté de s’imposer en dehors des codes officiels, malgré son air de femme-enfant. Dépassant les lois du genre, tout en y souscrivant avec intelligence et gaieté, les réalisateurs ne sont pas toutefois sans jouer sciemment et délibérément avec l’ambivalence, inhérente au scénario lui-même, dépeignant une société où la domination est essentiellement masculine, brodant en demi-teinte sur le thème du masque, celui des apparences ou bien du travesti, le thème de la sexualité et du genre, des amours interdits, voire de l’homosexualité féminine à laquelle se retrouve confrontée Shin Yun-bok dans son nouveau statut. Alors que le parcours de Kim Hong-do s’est avéré brillant, bénéficiant de l’appui du roi Chongjo, tout au long de sa vie, celui de Shin Yun-bok, en revanche, est beaucoup plus obscur, malgré le rare talent avec lequel il sut traduire l’univers féminin. En lui donnant vie à l’écran, avec autant de tact et de vitalité, l’actrice Moon Geun-young, par sa présence et cet éclairage singulier, lui donne une dimension nouvelle, suggérant par son rôle décalé, qui n’est pas sans audace ou bien sans poésie, une clé à ce mystère d’un peintre qui reste à part dans l’art de la Corée.

Pierre Cambon
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