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Notre Héros défiguré, 1992, Sud

Our Twisted Hero, 우리들의 일그러진 영웅, film de Park Chong-wôn, d’après Yi Munyôl, avec Ch’oe Minsik, Hong Kyông-in, Ko Chông-il, couleur, 138’

Notre Héros défiguré, 1992, Sud

Cette novella (chungp’yôn) de Yi Munyôl (1987), d’abord adaptée au théâtre par l’auteur, l’est ici en long métrage, ce qui peut apparaître comme une erreur, la brièveté de l’original semblant partie intégrante de son efficacité. Texte et film suivent la même trame : un collégien venu de Séoul (son père fonctionnaire est relégué en province) se retrouve dans une classe au fin fond du Kangwôndo (hyperbole de l’exil). Sur cette classe règne un caïd chef de classe, qui terrorise ses camarades avec la complicité tacite du maître d’école qui achète ainsi le calme et l’ordre. D’abord révolté, le garçon finit par se soumettre, lassé des brimades. Puis survient un nouveau maître, qui renverse la situation et, non sans mal, obtient la révolte de tous les enfants contre le caïd. Mais c’est une révolte contre le caïd tombé. Au même moment, le peuple coréen se soulève contre la dictature Syngman Rhee. Au cinéma, cette narration devient le flash-back d’un voyage retour du héros qui se rend aux obsèques du premier maître et retrouve ses anciens camarades, tous relativement défigurés. A ce propos, ilgôrôjida signifie ‘être grimaçant, renfrogné’. Les traducteurs du livre ont préféré ‘défiguré’, de façon à ce que le terme puisse porter sur tous les personnages.
Le problème de l’adaptation est que, bien qu’assez proche du texte, elle gomme l’enjeu politique, ce que ne corrigent pas les rares scènes d’actualités et de manifestations. La novella nous faisait subir la main de fer du caïd-dictateur avec le héros, souffrir avec lui, et, coup de génie de l’auteur, céder et trahir avec lui. Nous sommes d’abord avec lui de vaillants résistants de salon contre l’injustice, puis, brutalement, nous lâchons prise. L’enjeu, c’est justement la compréhension des mécanismes de la dictature, non dans sa dimension historique, mais vue au ras du sol, dans sa réalité quotidienne. Yi Munyôl ne dénonce pas politiquement la dictature (on peut le trouver ambigu sur ce point), il pose la question : Comment fonctionne quotidiennement une dictature, hors de ses formes répressives trop connues ? Et il y répond en impliquant le lecteur, en lui disant que tout citoyen, dans une dictature, même victime, est partie prenante du système.
Cela disparaît du film. Nous devenons spectateurs. Plus rien ne vient nous impliquer. Même s’il reste quand même un questionnement, assez superficiellement traité : Le changement ‘démocratique’ viendra-t-il d’une révolte ou d’un changement de maître?

Patrick Maurus
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