Moranbong, Chronique coréenne, France, 1959
Moranbong, Chronique coréenne, film de Jean-Claude Bonnardot, 1959, scénario et dialogues Armand Gatti, Tong-Il : Osum Do-Soun et Bonnardot lui-même, NB, 84’

Sur un scénario et des dialogues très subtils d’Armand Gatti, ce film se présente d’abord comme un film historique en noir et blanc. L’action se passe à Kaesong, le 24 juin 1950. On sait donc que la Guerre de Corée va éclater le lendemain. Tong-Il vient avertir Yang Nam que son père vient d’être arrêté, avec beaucoup d’autres. Puis une voix off explique ce que l’on voit, et rappelle que Kaesong l’ancienne capitale était alors au Sud, tandis qu’elle se trouve au Nord au moment du tournage, neuf ans plus tard. On en conclut que le père a été arrêté par le régime pro-américain de Séoul. Les habitants tentent de vaquer à leurs occupations, mais le bruit des bottes et du canon annonce le pire. Le premier char du Nord apparaît, salué par la population. Les prisonniers ont été massacrés avant la fuite des Sudistes. Tong-Il s’engage. On joue Ch’unhyang au cinéma.
Puis on passe à la seconde partie de la Guerre, Kaesong est reprise par « l’ONU ». Do-Seun blessé est sauvé par un vieil homme qui le conduit chez Yang Nam, qui lui apprend que les Volontaires chinois viennent d’entrer dans la Guerre. Après lui avoir chanté un air de Ch’unhyang, Yang Nam évoque son rêve d’aller chanter un jour au théâtre Moranbong à Pyongyang. Kaesong est reprise par le Nord. Yang Nam arrive à Pyongyang et constate que le théâtre a été bombardé. Mais les acteurs l’ont reconstruit en 90 jours et travaillent sous terre comme tous les habitants de la capitale. On assiste aux répétitions de Ch’unhyang et le film passe au tournage du film dirigé par un Français, les personnages deviennent des acteurs. On joue sous les bombes le p’ansori adapté en shinyongûk. « Le spectacle n’était plus un spectacle, mais une façon de ne pas céder. »
Négociations à Panmunjôm (près de Kaesong). Échanges de prisonniers. Pyongyang célèbre l’armistice. On assiste maintenant à la reconstruction de Pyongyang, en particulier de l’université. On apprend que TongIl a été condamné à dix ans de prison au Sud, mais il s’évade et retrouve Yang Nam à Pyongyang. Ce happy end est peut-être la seule faute de goût de ce film si intelligent et si rare et qui deviendra immédiatement l’otage de la politique française de l’époque. Il est censuré en France en 1959 pour avoir présenté négativement les troupes de l’ONU.
