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Main du destin (La), 1954, Sud

Hand of Destiny, 운명의 손, La Main du destin, 1954, de Han Hyôngmu, Corée du Sud, avec Lee Hyang 이향, Yoon In-Ja 윤인자, Joo Sun-tae 주선태, NB, 89’

Main du destin (La), 1954, Sud

Etrange prologue d’une main tenant une pipe et montrée pendant plus d’une minute, avant de frapper à une porte qui ne s’ouvre pas. Sauf pour une femme un peu plus tard. La sublime Yoon In-ja, dont c’est le premier film important, incarne un femme qui fume ! et allume sa cigarette avec une lettre qu’elle brûle, dehors un homme poursuivi se cache, il a une tête d’espion, puisqu’il a des traces noires sur la figure. Presque cinq minutes de silence. Un peu de radio et encore deux minutes sans paroles. Elle écrit une page de musique, évidemment un code, la cache et passe un coup de fil codé. Dehors la police arrête l’homme qui aurait volé le portefeuille de cette femme. Elle le fait libérer et l’invite à se nettoyer le visage chez elle.
Superbe entrée en matière, effectuée avec une extraordinaire économie de moyens. Le contraire absolu de Swiri. Aucune poursuite en voiture, aucun coup de feu, tout est en place. Lui est “étudiant” et fait du travail manuel pour payer ses études, elle “reçoit des hommes”. Plus tard, alors qu’elle observe un débarquement de soldats américains, elle le retrouve, l’emmène, le rhabille de pieds en cap et le conduit chez elle. Alors seulement il l’interroge sur sa conduite, mais elle le laisse pour aller travailler sous le nom de “Margaret”. Son vrai prénom est Jung-ae. Dès lors ils ne se quittent plus, même si l’homme à la pipe et à la bague en forme de tête de troll tôkkaebi rode. Dans un café, ce dernier la sermonne et la rappelle à ses devoirs d’espionne. A sa tête, on devine qu’elle n’est déjà plus très convaincue de sa mission. Cela pour le spectateur qui n’aurait pas encore remarqué que c’est elle l’héroïne et qu’elle est vraiment très belle. A peine un an après la fin des hostilités directes en Nord, Sud, Américains et Chinois, la distance n’existe pas (a-t-elle d’ailleurs déjà existé?) pour présenter l’Ennemi(e) sous des traits aguichants. Inversons: pour être communiste et belle, il faut douter de la cause.
Une nuit qu’elle fouille ses poches, elle découvre les papiers d’identité militaire de son ‘étudiant’, Yôngch’ôl. En se réveillant il trouve un mot d’elle lui annonçant qu’elle part veiller sur sa tante malade. Tempête sous deux crânes. On le retrouve dans son bureau d’agent de renseignements militaires, qui doit intercepter un agent et une femme avec une bague à tête de tôkkaebi. Très belle poursuite dans les hauteurs de Pukhansan. L’agent est abattu, elle a renoncé à tirer sur Yôngch’ôl. Tandis que celui-ci geint dans l’établissement dont elle la Madame, elle refuse de continuer à obéir aux ordres du Parti, parce qu’elle est “un être humain”.
Jung-ae, de plus en plus belle et désormais en costume coréen traditionnel, entraîne Yôngch’ôl en province voir sa tante. C’est un piège, car une fois arrivée, Tête de tokkaebi exige qu’elle tue son amant. On voit enfin le visage de Tokkaebi, une vraie tronche de mafieux ou de larbin des Japonais. Coups de feu, les deux Nord-Coréens sont abattus. Jung-ae, touchée à mort, demande à Yônch’ôl de ne pas la laisser mourir d’une balle ennemie. Alors il tire. Est-il possible d’introduire des Nord-Coréens dans un film sans que cela se termine par une catastrophe? Réponse, non. Et si c’est un Nord-Coréen gentil, donc une individualité potentiellement anti-communiste ? Non plus.
Ce film de qualité pour l’époque a connu son heure de gloire pour contenir le premier baiser (2 secondes) du cinéma coréen, justifié parce que donné à une mourante.

Patrick Maurus
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