Mademoiselle, 2016, Sud
Mademoiselle, Agassi, 아가씨, film de Park Chan-wook, avec Kim Min-Hee, Tae-ri Kim, Jung-woo Ha, 2016, couleur, 144’

Film de Park Chan Wook, Mademoiselle est l’adaptation du roman Du bout des doigts de Sarah Waters, dont il transpose l’action depuis le Londres de la seconde moitié du XIXe siècle dans la Corée sous occupation japonaise.
Le film se divise en 3 actes, où l’on suit Suk'ŭi une jeune voleuse engagée par un escroc coréen qui souhaite usurper l’héritage d’une noble Japonaise, Mademoiselle Hideko, en l’épousant, puis en la faisant interner, afin d’obtenir légalement son patrimoine et de le partager avec Sukŭi. Pour se faire il se fait passer pour le comte Fujiwara, afin d’approcher l’oncle d’Hideko, un Coréen ayant bâtit sa richesse en collaborant avec le Japon, collectionneur de livres rares et féru de culture japonaise et occidentale, qui se fait appeler par le nom Japonais Kouzuki. Fujiwara souhaite que Sukŭi devienne la servante d’Hideko afin de faciliter un mariage en se rapprochant d’elle, pendant qu’il rencontrera l’oncle en se faisant passer pour un acheteur. Alors que l’oncle s’absente pendant une semaine, Fujiwara s’enfuit avec Hideko et Sukŭi, mais celle ci se fait doubler par le couple et elle est internée sous l’identité d’Hideko, achevant le premier acte.
Le deuxième acte offre une relecture du premier ou nous revoyons la plupart des scènes avec des informations et perspectives supplémentaires. Nous apprenons que la collection de livres de Kouzuki est composée d’œuvres pornographiques, dont il imposait la lecture à la tante de Hideko, afin de proposer un spectacle à ses acheteurs. Celle-ci tentera de s’enfuir mais sera tuée par Kouzuki qui maquillera la scène en suicide. Hideko va étudier durant son enfance la lecture de ses textes sous la menace et la torture physique de son oncle. Nous apprenons que depuis le début Fujiwara et Hideko s’étaient entendus sur la façon de dérober l’héritage à l’oncle et d’utiliser une servante comme leurre afin de l’interner à la place d’Hideko. Ce dernier n’avait pas pu séduire Hideko et lui avait proposé de se départager l’héritage auquel elle n’avait pas accès. Mais Hideko et Sukŭi tombent amoureuses et révèlent chacune le plan consistant à doubler l’autre, ce que nous ne savions pas en tant que spectateur au visionnage du premier acte. Elles s’entendent pour se venger de Kouzuki et de Fujiwara, Sukui savait donc qu’elle se ferait interner à la place d’Hideko afin de faire baisser la garde de Fujiwara.
Dans l’acte 3, Sukui parvient à s’échapper de l’asile grâce à un incendie provoqué par des complices, pendant qu’Hideko va empoisonner Fujiwara afin de lui voler l’héritage tout juste récupéré. Ce dernier se fera capturer et torturer par Kouzuki, il arrivera néanmoins à échapper à la torture en lui demandant de le laisser fumer une dernière cigarette, qui se révèle contenir du mercure, tuant les deux hommes. Sukui et Hideko sont elles dans un bâteau en partance pour Shangaï, enfin libérées.
Dans Mademoiselle Park Chan Wook offre un spectacle visuel et narratif qui cherche à sublimer chaque moment du film, que cela soit par les décors qui mélangent architecture japonaise et anglaise, des costumes d’époque, et des cadres et mouvements de caméras magnifiant l’action et les personnages. De nombreuses scènes de sexe ponctuent le récit, dont on pourrait critiquer le nombre et la lourdeur (certaines sont répétées de par la structure narrative), il a aussi été reproché de filmer le sexe lesbien selon un regard masculin et trop esthétisant. On ne peut tout de même enlever au film de mettre au sein de son récit et de sa mise en forme des questionnements féministes : celui se déroule en effet pendant la colonisation, période traumatisante pour la Corée, mais fera ici une économie de ce contexte, en montrant principalement des décors «étrangers» à la Corée, avec cette immense demeure mélangeant architecture anglaise et japonais, et s’il est rapidement montré en introduction un peuple coréen pauvre sous le joug de l’occupation, le regard du spectateur se portera très vite sur des hommes qui usent et abusent de cette situation, Fujiwara et Kouzuki, tous deux Coréens, semblent se jouer de la colonisation plus qu’ils ne la subissent, le dernier souhaitant même devenir Japonais par le biais de son mariage dans une famille noble du Japon. Les deux héroïnes, japonaise et coréenne, souffrent avant tout des abus des hommes qui les entourent, plus que du contexte colonial face auquel une confrontation ou une solution ne seront jamais évoquées, le sujet du film n’étant pas là. La fin voit d’ailleurs Sukui et Hideko s’enfuir vers l’étranger, montrant une recherche d’un espace de liberté de ces femmes, dont le sort dépasse ici le contexte national pourtant très marqué du film. Dans ce décor colonial, c’est bien la question du contrôle des femmes et de leur corps qui est posée. On comprend alors que les scènes de sexe signifient cet espace de liberté et de redécouverte du plaisir, notamment pour Hideko pour qui l’expérience de celui ci se résumait à son exploitation pour le plaisir des hommes. Mais il est alors vrai que l’esthétisation de ces scènes, pour le plaisir du spectateur, peut sembler maladroite, au vu des idées que porte le film.
