Love Mariage, 1958, Sud
자유결혼, Chayu kyolhon, Love mariage, de Lee Byeong-il avec Seong So-Min, Cho Mi-Ryeong, Lee Min-Ja, Choi Eun-Hee, Park Am, Choi Hyeon, 95’, NB, 1958

Le vieux docteur Ko a trois filles et un fils. L'aîné commet l’erreur de raconter son passé amoureux à son mari le soir de leurs noces, lequel mari vient de faire la même chose. Furieux, il la quitte et part aux USA. Elle se réfugie à l’étage et refuse tout contact. La seconde tombe amoureuse de celui qui lui donne des cours particuliers, provoquant la colère de sa mère. Elle quitte tout pour lui, mais il ne veut pas d’elle. La troisième, un esprit indépendant, jette son dévolu sur le glacial adjoint de son père alors qu’un homme d’affaires la courtise. Nous sommes en 1958, 5 ans après une guerre civile terrible, et la question des femmes ne cesse d’affleurer, bien que toujours en rapport avec le couple. Il n’est sans doute pas possible alors d’aller plus loin en Corée du Sud, surtout lorsqu’on se soumet aux règles non dites du cinéma, à savoir un happy end amené après 90 minutes.
Vue de 2025, cette histoire peut être lue différemment, dans ses limites familiales, certes, mais aussi à la lumière d’un début de libre-arbitre. Celui-ci est plutôt bien souligné, même s’il est placé dans des limites tolérables par la société et le vraisemblable. Entre l’aînée, totalement soumise, la cadette qui attend la décision des autres, la benjamine fait preuve d’une obstination charmante. Le public est prié de suivre les méandres psychologiques de la mère, qui passe d’un conservatisme grincheux à un soutien aux choix de ses filles. Le père, lui, reste imperturbablement gentil et tolérant. A ce moment-là, le cinéma l’emporte sur l’état de la société.
C’est sans doute là que le film pèche un peu, Son manque de cadre social crédible, l’absence de ces contraintes matérielles qui font le sel du cinéma de l’époque déplacent le sens du regard sur la situation des femmes, infiniment plus précaire et pénible que ne le dit le film. Après tout, s’il ne s’agissait que de problèmes psychologiques et de choix du conjoint, cela ne paraîtrait pas trop grave dans un pays divisé et sous la botte d’une dictature féroce.
Chayu kyôlhon est un des termes désignant le mariage d’amour (de choix, yônae), moins répandu à l’époque que le mariage arrangé (chungmae), qui n’est pas un mariage forcé.
