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Let’s meet at Walker Hill, 1966, Sud

Let’s meet at Walker Hill, 워커힐에서 만납시다, Rencontrons-nous à Walker Hill, 1966, de Han Hyôngmo, Corée du Sud, original en couleur sur pellicule 35mm avec plusieurs scènes récupérées en NB d’une version en 16 mm, 97min, avec Seo Young-chun 서영춘, Twist Kim 트위스트 김, Nam Jong-im 남정임, Koo Bong-seo 구봉서, Kwak Kyu-seok 곽규석

Let’s meet at Walker Hill, 1966, Sud

Pour le public de 1966, le nom Walker Hill évoquait immédiatement l’hôtel ouvert en 1963, du nom du général Walker tué pendant la guerre, et situé à l’est de Séoul, sur la colline Kwangnaru surplombant le fleuve Han, destiné avant tout au R and R (Rest and Recreation) des soldats américains en Corée et au Vietnam. Assez loin à l’est du centre, il comprenait un hôtel de luxe, des bars et une salle de spectacle accueillant la troupe des Honeybees, interdite aux moins de 19 ans. Le titre du film de Han Hyôngmu, spécialiste du film populaire, laisse donc entendre que le film le sera aussi, ce que confirme la scène d’ouverture.
Le vieux Sô Yôngch’un (accompagné d’un jeune rencontré dans le train) monte à Séoul pour la première fois (la ville gouffre des valeurs, où des femmes portent des talons !) pour voir sa fille Yang Soonae, perdue de vue pendant la guerre. Elle a déménagé. Le jeune est lui à la recherche d’un amour d’enfance, une adoptée devenue chanteuse. Elle a changé de nom, Mira, mais chante au C’est Si Bon Music Hall ! Elle n’y est pas et ils la suivent d’une salle à l’autre, chacune étant le prétexte à de nouveaux numéros, particulièrement américanisés. Nombre d’entre eux, les plus coréens, évoquent irrésistiblement la scène nord-coréenne actuelle. Tandis que nos deux lascars accumulent les bourdes, Mira est choisie pour chanter à Walker Hill. Mais la police finit par réunir Mira et Samryong. Ils s’aiment toujours, et il ne reste plus qu’à chanter pendant les vingt dernières minutes, ce qui évite d’avoir un scénario, sans malheureusement montrer Walker Hill. Jusqu’au coup de théâtre final où personne n’est surpris que Mira reconnaisse son père: Sô Yôngch’un !
Avec le temps, ce film est devenu un document étonnant et parfois poignant sur la croissance de la ville de Séoul dans les Années Soixante, Séoul dont la verticalité en centre-ville est accentuée par les cadrages d’ensemble en légère contreplongée. Cela donne d’ailleurs un ton très particulier à l’ensemble du film, dont les images et la post-synchronisation sont d’une qualité très supérieure à ce qui se pratiquait alors.
Ce film marque la fin de la carrière de Han Hyôngmu (Il ne tournera plus que La Reine de l’Elégie, en 1967), carrière qui est déjà sur la pente descendante. Il s’est fait connaître au carrefour des films populaires commerciaux et des films musicaux, avec par exemples Liberty Lady 엘레지의 여왕 ou Youth Ssanggok, 청춘쌍곡선 qui mêlent chants et danses. Walker Hill n’est pas un film musical au sens strict, mais un film avec des numéros musicaux, c’est-à-dire un film où des chanteurs répètent ou chantent sur scène, jamais sous la pluie… ce qui n’empêche pas les scènes de boîtes de nuit d’être (aujourd’hui?) désopilantes (mention spéciale pour le groupe féminin Queen Bee), tout comme les confrontations convenues entre ce Séoul-là et nos paysans. La supervision musicale est le fait de Pak Ch’unsôk, dont plusieurs compositions sont utilisées.

Patrick Maurus
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