Leaving the Fatherland, 1962, Sud
Leaving the fatherland (The Country left behind), 두고온 산하, Montagnes et rivières laissées derrière, 1962, de Lee Kang Chun, Corée du Sud,, avec Kim Jingyu, Kim Jimi, Kim Sûngho, Monica Yu, NB, 214’

“Dédié aux soldats inconnus qui ont donné leur vie pour la liberté de la Corée” (Han’guk), ce film produit par le Bureau d’information et d’éducation du ministère de la défense du Sud se révèle pourtant plus complexe qu’un simple film de propagande de la nouvelle dictature militaire Park. Son prologue montre des civils fuyant le Nord à Wansan en 1945 et une étudiante coréenne de Kyongsong (Séoul) violée par des soldats russes racketteurs. Un étudiant, notre futur héros, la sauve. Elle le lui reproche et s’en va.
Postsynchronisation d’époque, acteurs trop âgés pour les rôles, musique sur-signifiante ne sont que de petits inconvénients à côté d’une intrigue anti-Nord bien ficelée, des images et des éclairages expressionnistes d’une qualité très supérieure aux autres films de l’année.
Rentré à Heungnam, notre étudiant, Chu Sôkbin, après avoir rencontré Sonia, la fille demi-coréenne du conseiller militaire soviétique Shilenkov, qui s’intéresse beaucoup à lui, tombe par hasard sur Jôngsuk, l’interprète des Soviétiques, et apparemment ‘collaboratrice’, qui se révèle être l’étudiante du prologue. Elle fait semblant de ne pas le reconnaître. Tout cela se passe à un moment où le prestige de l’URSS semble s’être écroulé (en particulier à cause des arrestations de professeurs envoyés en Sibérie (?)) et où le peuple préfère les amusements aux réunions politiques. La famille de Sôkbin est déjà suspectée, en particulier par le sinistre capitaine Park, qui ne rit que quand ‘le Parti le permet’. Les Soviétiques s’agitent, car des tracts sont distribués jusque chez le Conseiller, tandis que Park surprend l’intimité de Shilenkov et Jôngsuk et s’inquiète de l’amour naissant entre Sôkbin et Sonia. Il les sépare violemment, tandis que Jôngsuk avertit Sôkbin qu’il est soupçonné d’espionnage. Les événements se précipitent, Sôkbin est arrêté, il s’évade grâce à Jôngsuk qui lui avoue travailler contre les Soviétiques, il est arrêté à nouveau mais s’évade encore. Pendant ce temps, Shilenkov est renvoyé en URSS et sa fille Sonia se jette du train. Shilenkov abandonne son corps. Chônguk est arrêtée et exécutée dans une des plus belles scènes du film. Sôkbin finit par rejoindre la guérilla et passer le 38ème parallèle. Devenu soldat de l’armée du Sud, il retrouve sa maison détruite, avant de participer à la retraite à Heungnam (troisième étape de la guerre, repli du Sud). Il embarque avec les réfugiés tandis que son ami Han Ho reste résister derrière les lignes ennemies.Toutes les femmes sont mortes. Même si ‘la liberté’ est annoncée, il est tout de même très rare qu’un film de guerre s’achève sur une note si négative et défaitiste.
Histoire développée sur la période juste après la Libération, ce qui fait que les futurs Nord-Coréens sont encore relativement crédibles, même si les hommes boivent et courent les filles, les femmes pleurent, les trouffions chantent et les partisans sont barbus.
