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Le bon, la brute, le cinglé, 2008, Sud

Le bon, la brute, le cinglé, 좋은 놈, 나쁜 놈, 이상한 놈, Joeun Nom, Napun Nom, E-sangham Nom), Réal. : Kim Jee-woon. Scén. : Kim Jee-woon, Kim Min-suk. Dir. Photo : Lee Mogae. Déc. : Cho Hwa-sung. Cost. : Kwon Yoo-jin, Choi Eui-young. Mont. : Nam Na-young. Mus. : Dalparan, Chang Young-gu. Prod. : Choi Jae-won, Kim Jee-woon. Cie de prod. : CJ Entertainment Inc., Barunson Co., Grimm Pictures. Distr. fr. : ARP Sélection.
Avec Jung Woo-sung (Do-won / Le bon), Lee Byung-hun (Chang-yi / La brute), Song Kang-ho (Tae-goo / Le cinglé), Ryu Seung-soo (Man-gil), Yoon Jae-moon (Byung-choon), Sohn Byung-ho (Suh Jae-sik), Kim Gwang-il (Double-couteau), Ma Dong-suk (L’Ours), Song Young-chang (Kim Pan-joo).
Voir aussi Cannes 2008, n°569-570 p. 97, Corée du Sud (2008). 2h08.

Le bon, la brute, le cinglé, 2008, Sud

Dans les années 1930, le Japon, qui occupe déjà la Corée, s’est emparé de la Mandchourie. Tae-goo (Le Cinglé), un desperado coréen, subtilise une carte au trésor. Aussitôt, le monde entier se lance à ses trousses. Outre l’armée japonaise et une bande de truands patibulaires venus des quatre coins de l’Asie septentrionale, il bataille ferme avec Chang Yi (La Brute), un redoutable assassin balafré, et Do-won (Le Bon), un élégant tireur d’élite aux airs de Clark Gable. Tous sont aussi déterminés que lui à déterrer le trésor et à enterrer les autres prétendants.
D’entrée, ça fleure bon la nitroglycérine : les trois héros attaquent le même train en même temps. Le cinéaste en profite pour faire voler en éclat quelques valises pleines de vêtements vintage. Des oies s’ébrouent dans le couloir et perdent leurs plumes pendant que les armes pétaradent à tout va. La machine redémarre, activée par une demi-mondaine en robe de soie rouge qui balance des bûches dans la cheminée de la locomotive sous la menace d’un révolver. En quelques minutes, Kim Jee-woon a planté un monde à la fois totalement exotique et familier. Si l’on est d’entrée absorbé par cet univers improbable, c’est qu’il ne s’agit pas précisément des années 1930, ni même de la Mandchourie. Ce décorum de side-car, saloons, jarretelles, opium et dynamite, appartient d’abord au pays du cinéma. Ce monde totalement foutraque, nous l’avons déjà visité et il a suffi d’un plan pour nous ramener à sa poésie. Il est retrouvé. Quoi ? Le temps des aventuriers.
Kim Jee-woon est l’un des inventifs cinéastes apparus en Corée au carrefour de l’an 2000. Il tisse son travail autour de genres qu’il s’emploie à tordre à sa façon : la comédie satirique (son premier film A Quiet family, 1998 ou le chef-d’œuvre des années de crise asiatique The Foul King en 2000) puis le film d’horreur (Deux sœurs, 2003) et le film noir (A Bittersweet Life, 2005). Avec ce nouveau film au titre léonesque, Kim ne se contente cependant pas d’ajouter une sauce pimentée à un plat de western spaghetti. Il remet en selle l’art du « Manchu Western » (dit parfois aussi « Kimchi Western »), genre hybride mal connu en Occident, qui fit les beaux jours des productions B de Séoul dans les années 1970. L’auteur de Coming Out (2000), délicieux petit film de vampire lesbien, mordille par ailleurs dans toutes les gorges et pompe à tout va. Il absorbe aussi bien des éléments venus d’Indiana Jones que de Kill Bill (dont la bande-son cite un morceau entier), de King Hu et ses auberges de bambou, ou encore de Buster Keaton grâce à l’exubérant Song Kang-ho : deux révolvers au poings et un casque de scaphandrier sur la tête.
Film foisonnant de cinémas, Le bon, la brute, le cinglé jette aussi un œil incroyablement moqueur et insolent sur la Corée occupée. Au tout début, un vague résistant crie « vive la Corée libre » en brandissant un pauvre drapeau. Il est aussitôt jeté hors-champ. Les Coréens sont tous ici des collabos opportunistes ou de vénales fripouilles. Perdus en Mandchourie, les « héros » de Kim Jee-woon parlent du pays natal sous les étoiles. Mais le jour venu, ils préfèrent s’entretuer et courir après l’argent. Pardonnez-les : il n’y a là ni manque d’éducation patriotique, ni cupidité aiguë. Ils sont juste persuadés que la vie est bien plus amusante vécue ainsi. AG, avec l’aimable autorisation de l’Institut Lumière.

Raphael Manudier
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