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La Voyageuse, 2024, Sud

La Voyageuse, 여행자의 필요, Yôhaengjaûi p’ilyo, de Hong sang-soo, avec Isabelle Huppert, Lee Hye-young, 2024, couleur, 90’

La Voyageuse, 2024, Sud

Hong Sang-soo ne modifie en rien sa trajectoire, souvent qualifiée de minimaliste, et très appréciée dans ce dictionnaire. Mais cette réduction des effets, plus forte à mesure qu’il tourne, était justifiée par le fait indiscutable d’aller à l’essentiel. Et nous sommes en droit avec ce film de nous demander où l’essentiel se trouve. Quasiment sans action, au cadrage minimal et fixe, aux décors, plans, musique et mises au point n’hésitant pas devant le moche, quel propos sert-il ?
Une Française d’un âge certain et arrivée en Corée sans raison expliquée se présente dans une famille friquée comme dispensatrice de cours privés selon une méthode spéciale peu évidente, qui l’accueille malgré un sans-gêne marqué. Inutile de discuter sa ’méthode’, plutôt comique pour tout enseignant de FLE, ce n’est manifestement pas le sujet du film. Puis Iris, c’est son nom, rentre chez un jeune ‘ami’ coréen avec lequel les relations semblent aussi ouvertes qu’ambiguës, ce qui provoque la colère bien banale de sa mère. Et puis c’est tout.
Film lisible de façon très différente par un public coréen et un public français. Presque tout se passe en anglais, distribution oblige, inaccessible aux deux publics, ce qui place une sorte de voile entre le film et les spectateurs. Et dispense le metteur en scène de travailler son syndrome beckettien, le non communicable étant le fait de la langue et non de la communication. Pourtant la langue reste un problème, sous la forme d’un poème gravé et calligraphié, d’abord montré aux Coréens mais pas traduit, puis à peine visible mais traduit, bien que très approximativement.
A nos yeux, Hong Sang-soo est le meilleur représentant du cinéma sud-coréen post-Sewôl, c’est-à-dire de la perte collective de sens consécutive à ce drame dont le moteur n’a pas été une ‘faute’ de la Corée du Sud mais une application par trop caricaturale des règles d’obéissance auxquelles on attribuait un peu hâtivement les succès économiques. Le problème pour Hong, c’est qu’il l’a déjà dit et que ce film ne renouvelle pas vraiment le propos. Qui devient très opaque. Certains critiques se sont lancés dans des références hasardeuses, « comme l’art japonais du haïku » dit l’un. Un très court poème japonais pour ‘comprendre’ un film coréen ? Pas évident. Mais un contresens n’est-il pas déjà un sens ? Au bout du compte, tout retombe sur le spectateur et son interprétation, à commencer par son titre, Le(s) besoin(s) d’un(e) voyageur(se).

Patrick Maurus
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