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Journal d’une jeune nord-coréenne, 2006, Nord

Journal d’une jeune Nord-Coréenne, The Schoolgirl’s Diary, 한 녀학생의 일기, Journal d’une élève, de Chang In Hak, scénario An Jun Bo, avec Kim Jong Mi, Kim Chol et Kim Yong Suk, 2006, 94’

Journal d’une jeune nord-coréenne, 2006, Nord

Grand succès en Corée du Nord, où les billets sont très demandés, du moins jusqu'à récemment, la production ayant désormais fortement décliné pour des raisons avant tout économiques. Ce film a été à l’étranger l’objet de lectures aussi malveillantes que logocentristes. Sans être le film du siècle, il réussit (mieux que d’autres en tout cas) à marier la vérité des décors à la nouvelle ligne politique, lancée alors depuis un moment par Kim Jong Il. Ou, si l’on préfère, à injecter dans les scénarios ce que la fiction littéraire pratiquait depuis un moment, avec un Baek Nam Ryong par exemple.
Depuis l’enfance qu’elle traverse avec un sac Mickey, la lycéenne Su Ryon rêve de vivre dans un appartement, auquel ne semblent pouvoir prétendre que les familles dont le chef a réussi quelque chose pour le pays. Or le père de Su Ryon est toujours absent, pris par d’obscures recherches. La famille l’attend tellement qu’on lui prépare tous les jours son dîner, même s’il ne vient jamais. Tout le monde veut qu’il obtienne son doctorat. « Il faut savoir que sans les sciences on ne peut pas vivre », dit-il lors d’une de ses rares et brèves visites, aidant les voisins plutôt que ses propres enfants. « Un scientifique qui s’intéresse au ménage ne réussit pas. » Cette absence perturbe gravement la maison et les enfants, la mère tombe malade. Su Ryon va chercher son père dans son usine, où il semble n’avoir qu’un travail très modeste, mais il ne revient même pas avec elle, continuant à sacrifier sa vie à la science. Et ça marche : sous les yeux de ses filles, ses recherches aboutissent et il gagne même au football… Mais il repart au loin pour d’autres recherches.
Ce n’est pas un film américain…
Ce premier film nord-coréen présenté commercialement en France est tout à fait significatif de la façon de faire pédagogique valable tant pour la littérature que pour le cinéma. Le public apprend ce que les personnages apprennent aussi. Ce qui laisse une certaine marge à la critique, les problèmes ne venant pas de la ligne politique mais de sa mauvaise application. L’opposition devenue classique entre le trajet personnel et l’intérêt collectif va ici jusqu’à la complète perturbation de la famille. Quelle conclusion en tirerait-on sans le happy-end ? Lors de sa brève distribution en France, le rêve d’appartement de Su Ryon faisait rire le public, probablement bien logé.

Patrick Maurus
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