Im, Kwon-taek 임권택 林權澤
(1936 ~)

Réalisateur originaire de Changsŏng, dans le Chŏlla du Sud, Im Kwon-taek se tourne vers le cinéma peu après la guerre de Corée, en rejoignant Pusan. De 1962, date de son premier film, Adieu, fleuve Tumen, film d’action et de guerre, à 1993, avec Sŏp’yŏngje, un film sur le p’ansori, et sa disparition, Im Kwon-taek aura réalisé 92 films, affichant une filmographie impressionnante, avant l’un de ses tous derniers titres, et l’un de ses plus grands succès à l’étranger, et notamment en France, Ivre de femmes et de peinture (2002). Ce film qui évoque la Corée à la fin de la période du Chosŏn, sur un mode réaliste et très documenté, à travers le parcours d’un peintre qui rappelle celui de Chang Sŭng-ŏp (1843-1897), connaît un succès immédiat. Im Kwon-taek explique cette abondance de films pour les années 1960-1970 par des raisons purement alimentaires. “A cette époque, je n’avais aucune ambition pour le cinéma. Ce qui importait, c’était de ne pas avoir faim.” Réalisant des films d’action à petit budget, il enchaîne alors les projets de série B de façon pragmatique, conçus avant tout pour distraire. Pourtant, le goût pour le cinéma est bien ancré chez lui, mais loin de chercher l’inspiration chez des maîtres étrangers, comme ses contemporains, fascinés par le réalisme italien ou les films anglais, il suit un chemin bien plus simple et beaucoup plus obscur, celui de réalisateur professionnel qui tient de l’artisan, créant son propre système artistique au fil des réalisations. C’est à ce titre qu’il est salué par la Nouvelle vague, dans les années 1980, qui voit en lui une référence du cinéma coréen. Sont portés à son actif son caractère authentique, en dehors des courants et des modes, son attachement à une Corée intemporelle, dont il ne tente pas de gommer les défauts, sa longévité exceptionnelle, à travers trente ans de cinéma et l’histoire d’un pays en proie à des tensions profondes. Mandala, son 75ème film, est sélectionné pour le festival international de Berlin et connaît un succès commercial et critique, marquant un tournant notable dans sa filmographie. En 1986, Ssibaji (La Mère porteuse) sera primé à ce même festival. Avec les années 1980, Im Kwon-taek infléchit ainsi peu à peu son parcours vers des films souvent plus ambitieux, même si ceux-ci se succèdent à un rythme très rapide, parfois de deux par an. Dans ceux-ci, l’approche est fréquemment morale et, comme il le dit lui-même, “c’est un humanisme qui fait son style”. Ses films abordent de front des sujets très sensibles au cœur des Coréens – celui de l’occupation japonaise (L’Arbre généalogique, 1978), celui des tensions politiques, sur fond d’affairisme ou de compromission (Le Héros caché, 1979), celui de la guerre civile et de la partition (Tchakk’o, 1980) ou de l’illusion des familles retrouvées, quand le temps a passé (Gilsoddeum, 1985), celui du pouvoir de l’argent (Les Corrompus, 1982) ou bien du chamanisme (La Fille du feu, 1983), mais aussi celui de la prostitution (Le Ticket, 1986), celui de la violence inhérente au pouvoir (Chronique du roi Yonsan, 1987) ou de la brutalité des rapports sociaux, au dépens des plus faibles et des plus démunis (Adada, 1987). Sa vision est noire, ou pour le moins très sombre, sans aucune concession, ne reculant pas devant le drame, sans autre issue le plus souvent que le suicide, la folie ou la mort, mais elle se modifie progressivement, en même temps que la situation du pays, au point de chanter, après le succès des JO à Séoul, en 1988, la fierté retrouvée d’être Coréen, même en pleine période d’occupation nipponne (Le Fils du général, 1990). Avec ce film, Im Kwon-taek renoue avec le cinéma populaire au meilleur sens du terme, et d’une certaine manière avec l’inspiration qui le guidait dans ses propres débuts, quand le côté artisanal ou bien le système D l’emportait largement, sur toutes les sophistications et les effets techniques auxquels les studios d’Hollywood depuis ont abreuvé le monde. Comme pour Mandala, le directeur de la photographie est Jung Il-sung qui travaille fréquemment aux côtés d’Im Kwon-taek (même si c’est Koo Joong-mo qui est présent pour Ssibaji, en 1986, ou plus tard pour Aje aje para aje, en 1989, avec, dans les deux cas, Kang Soo-yeon comme actrice principale.
