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Hiver à Yanji (Un), 2023, RP Chine

Hiver à Yanji (Un), 燃冬, Ran Dong (correctement traduit par Burning Winter), The breaking Ice , film chinois (RP. Chine) dir. Anthony Chen (Singapour), 2023, avec Zhou Dongyu, Liu Haoran, Qu Chunxiao, couleur, 97’

Hiver à Yanji (Un), 2023, RP Chine

La très méconnue troisième Corée (le district autonome coréen de la RP Chine, yánbiān cháoxiǎnzú zìzhìzhōu) ne constitue que rarement le décor de films, d’où l'intérêt de cet Hiver à Yanji, d'autant que le film est intéressant. Les trajectoires de trois jeunes trentenaires sans physique de cinéma particulier (premier bon point) se croisent quelques jours, en hiver donc, à Yanji donc, la capitale administrative de ce district autonome, Yanbian (Yônbyôn en coréen). Haofeng, employé de banque à Shanghai et en cours de traitement psychologique, peu bavard, s’ennuie ferme lors du mariage mixte (un Chinois, une Coréenne, tous deux de citoyenneté chinoise, elle de nationalité coréenne) pour lequel il est venu. Au cours d’une visite organisée, il perd son portable (et donc son moyen de paiement) et entre en contact avec la guide, Nana. Celle-ci a été championne de patinage artistique et ne s’est jamais remise de la blessure qui a interrompu sa carrière. Elle entraîne Haofeng dans une dérive de beuveries, de balades, de découvertes, accompagnée de son ami cuisinier Xiao, venu du Xichuan pour travailler chez sa tante. Aucun n’est donc originaire de la région et chacun porte une blessure. De superbes images nous entraînent de Yanji (difficile à reconnaître même quand on connaît, mais pourquoi pas) au Mont Paektu (Changbaishan), sans jamais tourner à la propagande touristique. Une performance. D’ailleurs la référence visuelle est à chercher du côté de la peinture à l’encre. Et si le film se passe largement à Yanji, la ville n’en est pas un personnage, mais un simple décor, comme au théâtre. Au point que le spectateur français pourrait se demander: ”Il y a des Coréens en Chine ?” Oui, mais pas ceux de la K-pop. De même qu’ils pourront se demander si la frontière RP Chine / RPDC se limite à de simples barbelés.
En fait, nos trois perdus ne sont (de) nulle part. Le décor n'ouvre pas sur un regard ethnographique sur les Coréens de la région. Ils sont “loin”, à “l’est”. Arrivés au bord du fleuve Tuman / Tumen qui sépare la Chine de la RPDC, Haofeng demande “Qu’est-ce qu’il y a de l’autre côté?” (Intéressante ignorance). Xiao répond: “Un autre pays.” Ils ne détonnent pas avec le cinéma chinois de série B (ou Z), qui fait de la région une terre mafieuse, avec des Coréens dans le rôle des truands. Mais ici, les lieux communs restent à la porte. Les personnages ne sont pas ‘déjà-vus’, car ils ne savent pas eux-mêmes qui ils sont. Ils n'iront d'ailleurs nulle part.
Les références culturelles coréennes restent ultra banales, mais légères : la chanson Arirang, la légende de l’ourse et du tigre, la chanson Pangapsûmnida. Ce n’est pas le sujet du metteur en scène, qui sait peut-être que s’engager davantage allait l’obliger à mettre les doigts dans la question de la réunification. Tout sauf son sujet. Éviter les écueils nationalistes, ce n’est pas le moindre exploit du film.
Et puis le voleur: La télé et les affiches de la police alertent la population contre un voleur venu clandestinement de RPDC. Et capturé au fin fond du film, quand tous sont pris dans leurs silences. Un Coréen qui n’est pas chez lui dans une des Corées… Paradoxalement, dans les pattes de la police, il est le seul à savoir où il va !
Anthony Cheng s’est fait connaître avec Ilo Ilo (en chinois Papa et Maman ne sont pas à la maison), Caméra d’Or à Cannes en 2013, film à forte coloration sociale.

Patrick Maurus
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