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Hiver à Sokcho, 2024, franco-sud-coréen

Hiver à Sokcho, 속초에서의 겨울, Sokch’o-esôûi kyôul, film franco-sud-coréen de Koya Kamura, 2024, avec Bella Kim et Roschdy Zem, couleur, 104’

Hiver à Sokcho, 2024, franco-sud-coréen

Tout, le roman d’origine, l’affiche, l’ambiance, les couleurs, le titre, tout annonce un film en demi-teinte, et ce n’est pas un problème en soi. Et c’est plutôt reposant de passer une heure sans effets de manche ou de coups de théâtre ou d’éclats de la bande-son. Encore faut-il un motif ou une motivation. Sinon, pourquoi suivre deux êtres manifestement peu aidés par le destin dans leur démarche silencieuse. Entre Le Silence de la Mer et Un Cœur en hiver, les héros ( ?) d’Un Hiver à Sokcho ne semblent même pas se poser les questions que nous nous posons à leur sujet. Elle est revenue chez sa mère à Sokcho et sert de femme à tout faire dans un yogwan, lui, Français, échoue à Sokcho pour finir une BD, semble-t-il. Pourquoi Sokcho, pourquoi le trou du cul du monde, pourquoi un yogwan sur les hauteurs, qui semble ne pouvoir exister que pour un coréanologue vieillissant ? La réponse saute vite au yeux, trop vite : une co-production. Mais même alors, pourquoi aller « nulle part », si aucun élément de réponse n’est fourni. Essayons de gratifier le cinéaste du fait que la province du Kangwondo est une sorte de province d’exil intérieur, sous-peuplée par rapport aux autres, eet qui a déjà inspiré certains cinéastes, à commencer par Hong Sang-soo (Le Pouvoir de la province du Kangwon), que Koya Kamura a manifestement beaucoup visionné.
Après un douloureux échec sentimental auprès du Français, notre Coréenne bien peu binationale règle le problème oedipien de ses origines en trois plans et part vers de nouvelles aventures, devant un yogwan miraculeusement rénové.
Malgré ses faux airs de Hong Sang-soo, le film peine à convaincre. Car on n’est pas nulle part, mais à Sokcho, la « petite ville balnéaire » des critiques, en fait un port très actif et bien peu touristique. Le scénario tente de se justifier en nous emmenant à la DMZ et dans les Monts Sorak, mais la nationalité japonaise du metteur en scène joue vite contre lui. Car le spectateur n’a que deux choix. Ou il connaît le pays, et les erreurs abondent, ou il reste extérieur, et le film frise alors la virée touristique. Semblant ignorer que Sokcho est le port d’attache de pêcheurs qui passaient allègrement au Nord tout en jurant bien que non. Le film nous offre un Sokcho quasiment sans histoire, comme les personnages. Sans urgence.
PS: Si vous passez par Sokcho, faites un tour au port et ne manquez pas d’acheter de la crème d’oursins.

Patrick Maurus
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