Drug King (The), 2018, Sud
The drug King, 마약왕, Le roi de la drogue, de Woo Min-ho, avec Song Kang-ho, Bae Doona, Jo Jung-suk, 2018, couleur, 139’

Film mineur, mais dans le ton de la vague du polar qui submerge la littérature et le cinéma sud-coréens, pour le meilleur et pour le pire. Histoire ‘s’inspirant de faits réels’ mais où ‘toute ressemblance avec la réalité serait fortuite’. Récit de l’ascension d’un petit malfrat local de Pusan (équivalent géographique et symbolique de Marseille, mafieux compris), Lee Tusan, spécialisé dans l’orfèvrerie, devenu caïd de la drogue jusqu’au Japon. On se demande ce qui l’emporte, du déjà vu, ou de la fierté nationaliste mal dissimulée de vaincre les Japonais sur leur propre terrain, même dans la fiction. D’ailleurs les images d’archives proposées en introduction ne rappellent-elles pas que l’usage des méthamphétamines remonte aux pilotes kamikaze.
Du choix de l’acteur principal (Song Kang-ho) à l’esthétique (on a envie de retourner au marché aux poissons de Chalgalchi), ce film bien fait nous montre que le trafic de drogue est plutôt sympa, et si le héros tombe à la fin, c’est uniquement parce qu’il a vu trop grand et négligé les avertissements (sa femme le menace et il commence à se droguer). Tusan est si gentil avec les enfants, si prévenant avec sa famille et ses ennemis sont tellement moches ! Trop de musiques légères, trop de scènes plus ou moins comiques pour prendre le film au sérieux ou penser qu’il pourrait l’être. La longue conclusion crépusculaire et macbethienne du roi de la drogue qui rate même sa fin est habile et nous donne à penser que la justice prévaut toujours. Faut-il le croire ? Kim Un-su évoque le même sujet au début de son roman Sang chaud, lorsque le Père Sohn, caïd de Ku-am, au centre de Pusan, se lamente du fait que chaque nouveau régime commence par s’en prendre aux truands pour renforcer sa légitimité auprès du grand public, surtout s’il n’en a pas.
On doit pourtant noter les mentions d’événements socio-politiques, plus nombreuses à mesure que le film avance : enlèvement de Kim Dae-jung en bateau, corruption généralisée de la police, financement par la drogue du mouvement des nouveaux villages (Saemaûl undong) et de la ligue anti-communiste, présence commune du procureur et du trafiquant lors d’un meeting pro-Park Chung-hee, manifestation anti-Yushin, loi martiale, assassinat de Park Chung-hee. Ces références suffisent-elles pour donner de l’épaisseur à l’ensemble? En tout cas le film sur les liens incestueux entre les trafiquants et la dictature, sous le regard bienveillant des Américains, reste à tourner.
