Dernier train pour Busan (le), 2016, Sud
Dernier train pour Pusan, 부산행, Le train pour Pusan, film de Yoon Sang-ho, avec Gong Yoo,et Jeong Yu-mi, 2016, couleur, 118’
Film suivi par le préquel d’animation, Seoul Station, 서울역, Sôulyôk, même réalisateur, 2016, puis Peninsula, 반도, film du même, avec Kang Dong-won et Lee Jeong Hyeon , couleur, 2020, 115’

L’un des derniers grands succès commerciaux du cinéma Sud Coréen, notamment international (99M de $ au box office pour un budget de 8M $), ce film nous narre le début d’une épidémie de zombie (la même que celle du film Seoul Station du même réalisateur). Nous suivons Sŏku, père de famille trop absorbé par son travail dans la finance pour s’occuper de sa fille, Su An, avec laquelle il souhaite se rapprocher, et avec qui il doit partir en train pour Busan pour voir leur mère et ex-femme. Au moment du départ du train, une jeune femme malade parvient à y monter, déclenchant ainsi l’infection des passagersi, qui prendront peu à peu conscience de la situation notamment par la télévision du train. Mais les médias et le gouvernement semblent vouloir dédramatiser.
Alors que le train plonge dans le chaos et que les passagers se transforment un à un en zombies, le train arrive à Daejeon où ceux-ci espèrent se faire protéger par l’armée. Sôku est informé par un client qu’il peut éviter la quarantaine et décide à l’arrivée de se séparer seul du groupe avec sa fille, sans informer les autres passagers. Mais l’armée est déjà totalement zombifiée, et ils doivent tous courir à nouveau vers le train sur le départ pour s’y réfugier. Sŏku se retrouve à l’arrière du train, séparé de sa fille dans les wagons avant, il décide alors avec des rescapés de se frayer un chemin à travers les infectés et de remonter le train afin de retrouver leurs proches. Plusieurs d’entre eux meurent, notamment Sang Hwa, futur père de famille déterminé à sauver sa femme enceinte dont il confiera la vie à Sŏku. Ces morts sont en partie imputables à certains passagers de l’avant, dont Yong Sŏk, qui voient leur entrée comme un risque potentiel et refusent de les laisser passer. Juste après leur arrivée, le train doit s’arrêter car la voie est encombrée, le chauffeur prépare une autre locomotive pendant que les derniers vont tenter de la rejoindre. Durant le court trajet entre ceux ci, Yong Sŏk cause encore la mort d’une partie des survivants pour assurer sa propre survie mais se fait tout de même mordre et contamine Sŏku juste avant de se faire éjecter par celui ci. Sŏ ku va alors se sacrifier et quitter le train juste avant sa transformation en zombie afin de sauver sa fille, ainsi que la femme de Sang Hwa, seules rescapées. Ces dernières vont continuer la fin du voyage jusqu'à Busan à pied, et arriver devant un barrage de militaires qui hésitent à ouvrir le feu ne sachant pas si elles sont infectées, mais vont finalement les sauver.
On pourrait lire ce film dans une optique de film post-incident du Sewol, ou la Corée se trouve frappée par un drame, dont la gestion par le pays semble hasardeuse voire inexistante. Cependant si on le soumet à cette idée, il en devient très superficiel, surtout comparé à son pendant en animation. La critique sociale se fait légère, la présence des médias et du gouvernement est très faible, et l’armée, qui est d’abord montrée comme submergée, est au cœur du happy end, elle garde d’ailleurs Busan, dernier bastion avant la chute totale (une fibre nationalisante qui ferait écho au début de la guerre de Corée ? Le passage à Daejeon peut en ce sens aussi évoquer la défaite historique dans la ville du même nom), son rôle est quasiment opposé dans Seoul Station. L’individualisme est critiqué, notamment dans l’urgence ou beaucoup tenteront de se sauver souvent au dépend des autres, dont Sŏku lui même, mais qui finira par faire le sacrifice ultime permettant la reconstruction d’un noyau familial, une famille retrouvée, où la fille s’échappe avec une mère de substitution et où un enfant attendu annonce l’espoir d’un futur meilleur ? Le chemin narratif du film et des personnages reste somme toute assez classique et la critique reste seulement en surface. On pourra saluer une mise en scène léchée avec une très bonne utilisation de l’espace et de l’urgence pour offrir de belles scènes de tensions en alternant des espaces clos et plus ouverts, tirant parti de la physionomie du train pour faire “avancer” l’action, sans pour autant s’enfermer dans ce décor. Le film entre dans le cercle des films coréens des années 2010 ou les trains font forte figure (Ages of Shadows, Snowpiercer …).
