Dernier témoin (le), 1980 et 2001, Sud
The last Witness, 최후의증인, Le dernier Témoin, 1980, de Lee Doo-yong, Corée du Sud, avec Ha Myeong-jung, Jung Yun-hui, Choi Bul-am, Hyun Kil-su, NB, 156’
The Last Witness, 흑수선, Hûgsusôn, Le Témoin oculaire, 2001, de Bae Chang-ho, Corée du Sud, avec Lee Mi-yeon, Ahn Sung-ki, Lee Jung-jae and Jung Joon-ho, couleur, 165’

Policier sud-coréen adapté du roman de Kim Song-jông (traduit chez Actes Sud), l’un des initiateurs du polar sud-coréen, auteur d’une œuvre considérable et fondateur d’une bibliothèque dédiée au genre à Pusan. Ce livre majeur affronte en 1974 tous les démons de la Corée, négociant fort habilement avec la censure. Il joue un rôle considérable dans l’utilisation du roman policier (ou d’espionnage). Il s’agit d’une très longue enquête de l’inspecteur O, à la dérive depuis la mort de sa femme, concernant deux morts incompréhensibles et dont il soupçonne le lien. Protégé par son supérieur hiérarchique, il remonte à la fois le fil des témoins et le cours du temps. Cela le ramène vers un épisode tragique de la guerre de Corée : un groupe de partisans replié dans les Monts Chiri est pris au piège. Son chef, en proie au doute, est abattu sur ordre de Pyongyang, tandis que sa fille Ji-hye est martyrisée par les soldats. Seuls le second et Pau le simplet s’efforcent de la sauver. Le second finit par se rendre, ce qui aboutit à un carnage. Ce n’est que le début d’une longue série de drames pour Pau et Ji-hye, trompés et volés par tout le monde, y compris les juges, ce qui aboutit à l’emprisonnement pour 20 ans de Pau. Tandis que l’inspecteur O s’enfonce dans l’horreur du passé et se compromet par des méthodes peu déontologiques, obsédé qu’il est par sa quête de la vérité et de plus en plus marqué par les horreurs qu’il découvre, le film traverse un océan de compromissions et d’illégalités dont les plus faibles sont les jouets tragiques. La sortie de prison de Pau, la rencontre avec son ‘fils’ et les retrouvailles avec Ji-hye provoquant une nouvelle série de drames, qui aboutiront à la fois à la dénonciation des coupables et à de multiples catastrophes. Le point commun entre elles est l’inspecteur O lui-même : la résolution des énigmes, la découverte des crimes ont pour conséquences d’autres drames que O ne pourra plus assumer.
Il existe une première version, tournée en 1980 par Lee Doo-yong, un des pères du film d’action sud-coréen. Cette version, qui a été amputée de 40’ par la censure, est aujourd’hui rétablie dans sa durée de 156’. Elle suit très fidèlement le livre, en gommant néanmoins l’essentiel de ses questions philosophiques. L’époque explique largement le son médiocre et la post synchronisation approximative, la caméra tremblante et les cadrages peu motivés, surtout au début du film. Puis la force extraordinaire du scénario l’emporte sur tout, y compris le maquillage des ‘vieux’. Jusqu’à l’idée superbe de faire dire la lettre d’adieux de Pau par une chanteuse de p’ansori, au point de mieux faire comprendre ce genre musical que bien des explications.
Une seconde version a été tournée en 2001, par Bae Chang-ho (aussi scénariste), qui garde la trame du roman, en déplaçant le lieu du premier drame des Monts Chiri des partisans au camp des prisonniers nord-coréens de Koje-do. Un prisonnier politique, Hwangsôk est libéré après 50 ans de détention à l’isolement (il existe des cas réels) et le lendemain même le corps de Yang Talsu est retrouvé dans le fleuve Han. L’inspecteur O découvre divers éléments, dont rapidement le journal d’une certaine Ji-hye, qui lui révèle une partie de la vérité. Yang était pendant la guerre chargé d’empêcher les évasions du camp de Koje, mais il avait pourtant aidé Ji-hye dont il était amoureux à s’évader. Le même Yang avait fait enfermer Hwangsôk, que sa libération rend suspect du crime. Dans le même camp se trouvait un Nord-Coréen vivant au Japon, qui s’était fait passer pour mort. On le voit, la trame est rigoureusement celle du livre.
Cette seconde version n’a guère rencontré de succès, ne réussissant pas à convaincre de sa raison d’être, malgré les intéressantes adaptations de la narration. Mais d’évidence cela ne suffit pas, et la construction quelque peu erratique du film n’y est pas pour rien, les gros plans de série télévisée non plus. Pourtant l’essai de rendre compte partiellement du drame historique de Koje-do méritait mieux, en dépit de l’impossibilité de surmonter la banale dichotomie méchants communistes en groupe / gentil communiste individuel.
Peut-être parce qu’elle suit aussi la trame du roman, la construction de ce film est elle aussi relativement heurtée et anarchique, montrant qu’un film n’est pas un livre. L’abus de travelling, de flash-backs et de ralentis étant de plus à mettre au débit du metteur en scène.
