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Chaser (the), 2008, Sud

The Chaser, 추격자, Ch’ugyôkja, Le Poursuivant, film sud-coréen de Na Hong-jin, avec Kim Yoo-seok et Ha Jung-woo, couleur, 124’

Chaser (the), 2008, Sud

Premier film de son réalisateur, The Chaser est un thriller policier qui peut sembler très classique, mais qui joue habilement avec les codes du genre afin d’offrir une expérience haletante au spectateur. Il s’ouvre sur une scène ou l’on suit une jeune femme en voiture semblant chercher son chemin. Elle récupère un homme qui semble être un inconnu, on comprend qu’il s’agit d’une prostituée. Les deux sortent de sa voiture et s’engouffrent dans une grande demeure, la caméra restant au niveau du véhicule, coupe de plusieurs semaines en avant sur le même plan, la voiture n’a pas bougé, laissée à l’abandon. Nous suivons alors Chung Ho, ancien policer désormais proxénète qui retrouve la voiture de la femme de la scène de l’ouverture, s’imaginant que celle-ci a fuit. Il envoie par la suite Mi Jin, seule personne disponible vers un client, et rend alors compte que c’est le dernier client à avoir vu sa travailleuse disparue, il prévient Mi Jin et lui demande de lui envoyer l’adresse une fois sur place, pensant que celui-ci kidnappe ses filles. Il appelle en parallèle ses anciens collègues policiers mais ceux-ci sont occupés à la protection du maire de Séoul, celui-ci reçoit au même moment des excréments sur le visage, les policiers coupent alors court à l’appel pour intercepter le lanceur.
Une fois sur place, Mi Jin tente d’envoyer l’adresse à Chung Ho, mais le réseau ne passe pas dans la maison, elle tombe alors sur une mèche de cheveux ensanglanté, comprend la situation et tente de s’enfuir mais se fait attaquer par le client, qui l’attache et tente de la tuer, elle se débat mais finit par se faire assommer par un coup de marteau. Chung Ho lui, comprend que quelque chose ne va pas, quand ses appels restent sans réponse et qu’il n’a pas de nouvelles, et tente de retrouver lui-même le client. Il a un accrochage avec un homme en voiture et se rend compte en voyant son empressement et du sang sur sa chemise qu’il s’agit du client qu’il cherche, ce dernier s’enfuit mais Chung Ho parvient à le rattraper, le frappe et l’amène dans un poste de police.
Une fois en garde à vue, le client, Yeong Min, avoue en riant qu’il a tué Mi Jin, et un total de 9 personnes, sachant que, sans preuves, il sera de toute façon relâché. Il avoue également que Mi Jin est probablement encore en vie, ce dont la police doute, et Chung Ho commence à comprendre l’urgence de la situation pendant que les différents services de police se disputent la responsabilité de l’enquête. Commence alors une course contre la montre durant laquelle Chung Ho et son sous-fifre vont tenter de trouver la maison où serait Mi Jin. Chung Ho va au fil de son enquête découvrir que Mi Jin avait une fille, et va la prendre avec lui. Pendant ce temps, la police essaie de faire avouer Yeong Min où sont enterrés les corps, mais toutes les tentatives sont infructueuses et Chung Ho finit par revenir à la police pour battre Yeong Min, ses anciens collègues le laissant faire. Yeong Min révèle le lieu où il aurait caché les corps. Pendant qu’ils vérifient la piste, qui se révèle fausse, le procureur découvre que Yeong Min a été battu et le relâche, pour éviter toute incrimination de la police, et demande l’arrestation de Chung Ho. Ce dernier parvient à provoquer un accident de voiture et à se libérer, mais il sait qu’il a désormais très peu de temps pour retrouver Mi Jin.
Celle ci réussit à se libérer d’elle-même, et se réfugier dans une épicerie en demandant à la gérante d’appeler la police, Yeong Min arrive dans le même temps dans le quartier, et s’arrête dans la même épicerie pour acheter des cigarettes, la gérante, paniquée, lui demande si il ne veut pas rester ici, car un tueur rôderait dans le quartier. Yeong Min comprend la situation, et tue la gérante ainsi que Mi Jin avant de s’enfuir, Chung Ho arrive peu après sur les lieux et découvre qu’il est trop tard. Il poursuit tout de même son enquête et fini par enfin trouver la maison ou le tueur gardait ses victimes. Celui-ci s’apprêtait d’ailleurs à partir, et les deux s’affrontent dans la maison, Chung Ho finit par prendre le dessus et la police arrive et l’empêche de l’achever. Le film se termine sur Chung Ho au chevet de la fille de Mi Jin, le dernier plan nous montre une ville de Séoul sombre, où plane un sentiment d’incertitude et de chaos.
La où le film brille, c’est que contrairement à beaucoup de thrillers d’enquête, où la résolution du mystère est au cœur de l’intrigue, le spectateur comprend qui est le tueur dès la première scène du film, et sait par là-même où se situe son repère, recherché par tous, tout au long du récit. Nous nous retrouvons dans la confidence, voyant sans cesse les personnages passer à côté de ce qu’ils cherchent. Ces derniers ne trouveront jamais les réponses à temps, et la victime, qui finira par se libérer d'elle-même, se fera rattraper par l’inévitable dans une scène où l’ironie que propose le réalisateur frise le sadisme. Tout semble fonctionner à l’envers, le proxénète, qui ne cherche au départ que la réparation de ses intérêts, fera des progrès rapidement, et attrapera le coupable par pur hasard, tandis que la police, trop occupée à, littéralement, ramasser les excréments des politiciens, ne finira par prendre l’affaire au sérieux que dans une optique de résultat. Le contraste est frappant entre l’implication de la police dans des locaux vides où rien ne se passe quand le tueur est entre ses mains, et l’action de toutes les personnes disponibles qui s’affairent sur le cas une fois que celui-ci a été libéré et qu’il est trop tard.
Na Hong Jin parvient parfaitement à rendre étouffant ce quartier où l'on ne cesse de revenir encore et encore, et se joue habilement de ses personnages, des spectateurs, et des codes du thriller. Mais on peut regretter tout de même une mise en scène parfois kitsch, comme lorsque la police met à terre Chung Ho juste avant qu’il ne tue Yeong Min, les plans de caméra opérant alors un parallèle douteux le visage de Chung Ho face à la tête décapitée de Mi Jin, ou des dialogues inutilement crus, par exemple au commissariat lorsque Yeong Min demande à une inspectrice si elle a ses règles car il sent l’odeur du sang… Le film réussit parfaitement à créer cette atmosphère poussiéreuse et à faire disparaître peu à peu tout espoir, mais tend parfois à forcer le trait ce qui le dessert quelque peu.

Raphael Manudier
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