Bound by Chastety, 1962, Sud
Bound by Chastity,열녀문, La porte de la femme vertueuse,1962, de Shin Sang-ok, Corée du Sud, NB, 100min, avec Choi Eun-hee, Shin Young-kyun, Han Eun-jin

Madame Han est la belle-fille d’une famille aristocratique yangban et une jeune veuve qui s’efforce de rester fidèle à son mari (mort avant d’être adulte), tandis qu’elle éprouve un amour contraire à tous les statuts sociaux pour son serviteur Sôngch’il, qui l’a préalablement sauvée d’un viol. Les règles morales néoconfucianistes imposent aux veuves de rester fidèles: “Un soldat ne sert pas deux rois et une femme ne sert pas deux maris.” Après une longue sécheresse, la pluie vient, ils deviennent amants, puis Mme Han donne naissance à un enfant et son serviteur est chassé avec le nouveau-né. Elle reste dans la maison, maltraitée par sa belle-mère, jusqu’à ce que le fils cadet indigne vende la maison ce qui les force à partir, ruinées. Des années plus tard, le fils vient trouver sa mère (ce jour-là aussi, il pleut), mais celle-ci le renvoie en prétendant que tout le monde est mort dans la famille. Mais la grand-mère sadique lui révèle la vérité avant de s’écrouler.
Le titre coréen fait référence à la célébration de la femme vertueuse, autrement dit son enfermement dans des règles partriarcales néoconfucianistes très strictes: la Porte de la Femme Vertueuse, yôlnyômun, est une petite porte commémorative (une sorte de petit pavillon avec stèle) érigée en l’honneur d’une femme restée chaste et fidèle à son mari, à l’époque Choson. Dans le film, dont l’action se déroule en 1920 (= occupation japonaise), c’est plutôt le portique qu’on trouve en général à l’entrée des tombes royales et qui est ici placé à l’entrée du village. On conçoit que ce soit difficile à traduire… Comme le dit le texte initial, nous avons affaire à des protagonistes pris dans des règles déjà obsolètes. D’ailleurs, lorsque Sôngch’ôl rentre au village au début de l’action, il parle de “modernité” et de “Lumières” (parce que la route est nouvelle). Plus tard, il y aura le train.
La ‘reconstitution’ d’une Corée passée pose les mêmes problèmes que dans les innombrables films en costume qui vont suivre : pour authentiques qu’elles soient, les anecdotes s’accumulent au risque de faire du film un musée des arts et traditions populaires. Que le mari-enfant préfère dormir avec sa mère plutôt qu’avec sa femme est d’un humour bien venu, mais que celle-ci s’empresse de se trancher une phalange pour faire boire son sang à son époux malade pour le sauver nous fait passer d’un portrait de femme à celui de LA femme vertueuse des légendes. Au bout du compte, c’est un beau portait de femme qui n’est ‘libre’ que parce qu’elle se laisse aller à sa passion, pas au terme d’une réflexion. Elle n’a rien de la ‘modern girl’ qui marque la période. “Aujourd’hui personne n’empêche une veuve de se remarier.” Mais c’est un homme qui le dit. Pourquoi Madame Han semble-t-elle s’entêter à ce point à respecter des règles mortifères? Parce qu’il en est une autre, peut-être la plus profonde de toutes, qui oblige chacun à continuer à se bien comporter, même envers ceux qui se comportent mal envers soi. Une clé essentielle pour comprendre la Corée et le monde chinois.
Comment d’ailleurs ne pas voir que l‘histoire de Ch’unhyang en constitue la matrice tout autant que la principale grille de lecture. La femme punie-bien-que-vertueuse n’en finit pas de fournir les scénaristes, même si ici on insiste surtout sur la longue maltraitance de l’héroïne, que défigure un peu le demi happy end : retrouvailles des gentils / prise de conscience et mort de la méchante.
