• Patrick Maurus

Édito Juin 2021




Enjeux de santé et autocritique 



Il est très significatif que deux textes importants auxquels la presse de Pyongyang a accordé une place privilégiée, aient été consacrés en moins d’un an à la question de la santé en RPDC. Le premier concernait la construction du complexe hospitalier de Pyongyang, projet lancé pour célébrer le 75ème anniversaire du Parti. Le Parti du Travail de Corée avait déploré l’absence d’un établissement sanitaire moderne digne de ce nom y compris dans la capitale, même si plusieurs hôpitaux spécialisés y ont été construits, comme l’hôpital d’ophtalmologie, l’hôpital d’odontologie et l’hôpital de pédiatrie. 


Le dirigeant Kim Jong-Un a annoncé le report de nombre de projets de construction pour cette année, tout en lançant un mouvement d’autocritique, qui s’est considérablement amplifié à l’occasion de 8ème Congrès. Autocritique sévère : bannir une fois pour toutes la manie et la pratique du travail bâclé, consécutives à la négligence de la science, de la technique et des méthodes de construction, respect strict des normes de travail. Si certains travaux du centre-ville ont bien été reportés après avoir été retardés en raison de l’utilisation de la main d’œuvre pour lutter contre les inondations du nord-est, cela ne semble pas avoir repoussé les projets de construction du Pottonggang, par exemple.


Par ailleurs, le 7 octobre 2021, une révision générale de la politique de santé a été présentée par Kim Jong-Un, intitulée « Un tournant révolutionnaire dans la santé publique pour mettre pleinement en évidence la valeur du système sanitaire socialiste », insistant d’abord sur la gratuité de la médecine, quel que soit le niveau économique du pays. Mais cette dimension sociale exceptionnelle ne cache pas que « le secteur sanitaire est un des secteurs les plus attardés ». Equipements dépassés, insuffisance d’appareils, mais aussi négligence dans le travail sanitaire de la part "des cadres de tous échelons".    


Les dernières réalisations, comme la Maternité moderne de Pyongyang, l’Académie de médecine Coryo, le Complexe hospitalier de stomatologie et l’Hôpital spécialisé d’ophtalmologie, ne doivent pas cacher l’ampleur des problèmes, même si ces unités médicales sont de très haut niveau. Le Parti propose comme solution la promotion de la « médecine Coryo », communément appelée ici médecine traditionnelle ou chinoise, incluant l’usage de divers toniques comme l’Insam (le ginseng) et l’andouiller. Ce qui exige à la fois de réaménagement des usines de médicaments sur le modèle de celle de Kanggye, le traitement égal des départements hospitaliers (à l’occidentale et à la coréenne), la standardisation des médicaments.


Le contrôle de la qualité et de la diffusion des médicaments a fait l’objet d’une attention particulière, qu’ils soient fabriqués à l’étranger ou en Corée, en particulier de ce qui est qualifié de "transactions illégales", c’est-à-dire, provenant du marché noir et des trafics.


Faut-il voir en ce phénomène la survivance des pratiques de la période de la Dure Marche ? Donc une des nombreuses causes de la non-complétion des objectifs du Plan quinquennal dans tous les domaines ? La survivance des pratiques du passé ne serait-elle pas les causes de l’échec du 5e plan ?



© Illustration de Julien Saint-Sevin

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