• Patrick Maurus

Édito Juillet 2021



Des jeunes en ordre de marche


Kim Jong Un a adressé une particulièrement longue lettre au Xe Congrès de l’Union de la jeunesse, le 29 avril 110 du Juche (2021), dans laquelle il annonce qu’il a été décidé de changer l’appellation de l’Union de la jeunesse kimilsungiste-kimjongiliste en Union de la jeunesse patriotique socialiste. Cela peut paraître anecdotique, mais on peut relier le fait à la suite de symptômes de recul du culte de la personnalité depuis au moins cinq années. On peut aussi prendre l’expression choisie au pied de la lettre, et noter que la fibre patriotique (nationaliste) est sans cesse plus sollicitée, que le mot ‘socialiste’ est redevenu d’un usage fréquent , après une quasi éclipse.


La lettre de Kim Jong Un insiste de façon non surprenante sur la nécessité d’organiser l’Union de la jeunesse et d’en développer les actions. Moins habituelle est la mention de la baisse des adhérents, en particulier à la campagne. Le plus important semble pourtant l’accent fortement mis sur la rectification des comportements et des signes extérieurs, accent qui sonne de façon très rétrograde, dans la droite ligne du VIIIème Congrès. On appelle à l’imitation du mouvement Chollima (années 60-70), à visiter des hauts-lieux de la révolution, à écouter des chansons révolutionnaires. On mesurera le travail des organisations à la conduite, la coiffure et la tenue vestimentaire des jeunes… Même chose avec la politesse régissant notamment le langage, les salutations et le sens civique. «Il faut prendre garde aux tendances à la fête et au dandysme dans l’éducation des jeunes» Comme il est précisé que «les pratiques antisocialistes et non socialistes sont une toxine pernicieuse qui porte actuellement atteinte à la nature du socialisme proprement coréen.», on comprend que ces remarques ne sont pas anecdotiques.


Le lien entre ces pratiques condamnées et l’Union de la jeunesse est parfaitement établi : «Les jeunes qui se laissent actuellement entraîner dans des actes délictueux se révèlent sans exception s’être écartés de leur organisation et avoir pris en aversion son contrôle.» Rien de plus urgent que de «résoudre le problème de ceux qui se sont écartés de la vie de l’organisation ou n’y appartiennent plus», ce qui implique donc que les jeunes qui votent avec leurs pieds ou qui sont hors organisation sont assez nombreux pour poser un problème d’ampleur, nécessitant l’envoi d’une lettre de 16 pages. Le spectre des "hirondelles", ces jeunes désocialisés et "délinquants" des années de famine est toujours vivace.


© Illustration de Julien Saint-Sevin Inspiration via Wikimedia Commons, Freepik