• Manon Prud'homme

Édito Mars 2022



Yoon Seok-yeol, 20e président de la Corée du Sud


Après cinq années de mandat, Moon Jae-in, dont le bilan demeure plus que mitigé, laisse sa place à Yoon Seok-yeol. Moins de 250 000 voix (0,73%), c’est ce qui aura fallu au candidat conservateur du parti du pouvoir au peuple (국민의힘) pour remporter la vingtième élection présidentielle sud-coréenne face au candidat du parti présidentiel, Lee Jae-myung.


C’est un retour des conservateurs, qu’on avait pourtant annoncé en difficulté depuis le scandale politique qui avait visé la présidente Park Geun-hye, destituée en 2017, emprisonnée puis graciée par Moon Jae-in en décembre 2021. Yoon Seok-yeol, procureur à l’époque, avait d'ailleurs joué un rôle fondamental dans l’enquête qui avait visée cette dernière.


Malgré la défiance croissante des électeur.trice.s envers leurs responsables politiques, le taux de participation a atteint 77,1%. Sur le plan régional, pas de surprise, les régions traditionnellement conservatrices le restent tandis que les régions progressistes, notamment celles du Jeolla, ont très majoritairement voté pour Lee Jae-myung. C’est la ville de Séoul qui a tenu en haleine toutes les rédactions et a fait basculer le scrutin. Malgré sa victoire dans la région du Gyeonggi (qu'il gouverne), Lee Jae-myung n'a pas convaincu les séoulien.ne.s des quartiers résidentiels situés au sud du fleuve Han (Gangnam, Seocho, Yeongdeungpo) qui ont massivement voté pour Yoon Seok-yeol.


L'élection de Yoon confirme surtout un phénomène déjà observé pendant des élections municipales d’avril 2021 : la guerre entre les hommes et les femmes de moins de 30 ans. Le candidat Yoon Seok-yeol s’est fait connaître pour ses positions sexistes et son ralliement à des figures du mouvement masculiniste. Il a d'ailleurs promis la suppression du ministère de l'égalité des genres et de la famille à son arrivée au pouvoir. Ce n'est donc pas un hasard si 58,7% des hommes âgés de moins de 30 ans ont voté pour lui, contre 33,8% des femmes dans la même catégorie.


De la composition de son gouvernement, pressenti pour être constitué d'une majorité d'hommes dont aucun n'est âgé de moins de 40 ans et dont 75% sont issus de l'université national de Séoul, à sa gestion de la crise sanitaire en passant par sa politique intercoréenne, l'arrivée au pouvoir de Yoon Seok-yeol soulève de nombreuses questions et intervient dans un contexte national et international particulièrement tendu.



© Illustration de Julien Saint-Sevin Inspiration via Wikimedia Commons / Harryarts by freepik